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Ma chèvre s’est mangé les pattes – Alex Burrett

Ma chèvre s'est mangé les pattesCertains vous diront que tout l’art de la nouvelle réside dans la chute. Alex Burrett témoigne quant à lui d’un étonnant sens de l’incipit dans son recueil Ma chèvre s’est mangé les pattes. Jugez plutôt :

« Une de mes amies est sortie avec l’Ange de la mort« .

« J’ai rencontré l’ex-femme de Dieu, une fois« .

« J’ai connu un type qui a mangé ses enfants« .

« Quand j’étais petit, ma meilleure amie était une pierre« .

Dire qu’il nous propose là une belle galerie de farfelus est encore, pour certains, en-dessous de la réalité : d’aucuns peuvent être carrément dangereux, pour eux-mêmes ou pour les autres. A votre avis, que fait le narrateur de « Le meilleur conseil qu’on m’ait jamais donné » avec la hache de pierre dont il ne se sépare jamais quand il croise une voiture mal garée ? Et que croyez-vous qu’il arriva à Terry, qui s’est déclaré allergique au lait pour séduire la superbe Rachael et se retrouve coincé avec elle sur une île déserte avec rien que des produits laitiers à manger ?

Globalement, on s’amuse de tous ces excentriques, de cette femme d’affaires par exemple qui prône la décimalisation du temps. Cependant, certaines nouvelles sont plus qu’étranges et tournent au morbide parfois réjouissant, parfois triste. Comme « Compte rendu de visite de l’abattoir humain » qui parle par son seul titre ou « Cyrano » qui raconte la retraite d’un chien renifleur de la police.

La réussite de ces petits textes morbides ET réjouissants tient surtout au détachement avec lequel Alex Burrett nous les raconte : quoi de plus naturel que de passer des vacances en enfer, d’avoir un pote qui fabrique un larynx artificiel géant ou deux autres qui a force de forniquer finissent par rester collés l’un à l’autre ? Sur un ton primesautier, passant d’un registre de langue à l’autre, Alex Burrett donne étrange vie à ses personnages prosaïques de prime abord.

Qu’il soit noir, grinçant, pince-sans-rire ou tout simplement anglais, l’humour nous est vital. profitons donc des trente-et-une nouvelles d’Alex Burrett car « le ballon-rire ne doit jamais toucher terre. S’il entre en contact avec le sol, on meurt tous« .

 

Ma chèvre s’est mangé les pattes (My Goat Hate Its Own Legs, 2008) Alex Burrett traduit de l’anglais par Patricia Barbe-Girault, Aux Forges de Vulcain, janvier 2015, 315 pages, 18€

 

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