BD/Mangas

Le jeune Lovecraft – Oliver & Torres

Le jeune Lovecraft couvertureDe Lovecraft on peut écrire la vie, ou la fantasmer. C’est ce que les Espagnols José Oliver et Bartolo Torres ont fait en choisissant d’imaginer la vie qu’aurait pu mener le jeune Lovecraft. L’humour domine au détriment de la biographie pour le plaisir du lecteur qui suit un petit Howie plus vrai que nature.

José Oliver et Bartolo Torres accumulent avec joie tous les clichés sur l’enfance de ce génie, et au besoin inventent même quelques situations qui les arrangent : pourquoi ne pas le doter d’une goule qui ferait office d’animal domestique pas tout à fait aux normes et un peu vorace ? Ça plus la solitude, la neurasthénie, les moqueries et un terrible sentiment d’inadéquation. Sans oublier bien sûr les invocations à divers dieux ou créatures bien connus des amateurs, ou mieux, totalement inventés mais tout à fait dans l’esprit du solitaire de Providence : les byakhee (ici byakee) si pratiques pour voyager rapidement ou Rammenoth, le seigneur du temps et de l’espace, qui ne sort indemne d’aucune invocation.

Le jeune Lovecraft

Le jeune Lovecraft se présente sous format à l’italienne mettant en scène des successions de gags ou de scènes de vie (une compilation de divers strips publiés d’abord sur un blog, El Joven Lovecraft). On y découvre qu’il ne fut pas si solitaire que ça puisqu’il tissa des liens d’amitié avec la charmante Siouxie, pétillante et bavarde, son exact contraire. Qu’il fut très jeune en contact avec des êtres surnaturels et gluants. On y lit également les premiers essais d’écrivain d’un jeune garçon prometteur qui réécrit à sa façon les grands classiques de la littérature mondiale.

Dracula 001

José Oliver et Bartolo Torres mêlent avec bonheur l’avéré et le plausible en laissant la porte grande ouverte à l’interprétation a posteriori et surtout à l’humour noir. Lovecraft ayant lui-même de fortes tendances à l’accumulation, la répétition, l’exagération qui finissent par provoquer le rire, rien ici n’est en décalage avec l’esprit du maître : c’est drôle comme du Lovecraft !

Les dix-sept dernières pages sont dues à des auteurs invités qui nous font partager leur vision du jeune Lovecraft : excellents bonus qui permettent de découvrir des illustrateurs espagnols comme Jaume Balaguer, Meritxell Ribas Puigmal ou Sergi Bleda.

.

Le jeune Lovecraft (El joven Lovecraft, 2007), José Olivier & Bartolo Torres, Diábolo Editions, mai 2013, 103 pages, 14.90€

 

A lire aussi :

Tout ce que nous aurions pu être toi et moi…... Littérairement curieuse et actuellement plongée dans une période hispanisante, je ne pouvais que m’intéresser à ce livre au titre aussi accrocheur q...
Le jardin des automates – Armando Boix Barcelone au début du XXème siècle. Mateo le jeune orphelin est recueilli par M. Bellver, un vieil érudit dont il devient le secrétaire. Ils rencont...
La dame n°13 – José Carlos Somoza Salomon Rulfo, ancien prof de lettres au chômage, fait le même rêve depuis des mois : il entre dans une propriété inconnue et découvre le cadavre dé...
Le jeu lugubre – Paco Roca Etrange histoire, étrange procédé narratif. Avant que la bande dessinée proprement dite ne débute, un narrateur explique qu’il a un jour trouvé un l...

Mes Imaginaires est un blog de lecture animé depuis le 6 janvier 2004 par Sandrine Brugot : chroniqueuse littéraire, membre du jury du Grand Prix de l'Imaginaire de 2008 à 2018, formatrice et animatrice de débats.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *