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Panopticon – Nicolas Bouchard

Nicolas Bouchard 3.gifNicolas Bouchard nous entraine à Londres en 1820. On a attenté à la personne du premier lord, Robert Banks Jenkinson, et ce en plein King’s Theatre malgré un vaste déploiement des forces de l’ordre : des créatures mythologiques effrayantes sont apparues, faisant fuir la foule et permettant au meurtrier de se faufiler jusqu’à l’homme politique. Mais Bogdan est arrêté avant le geste fatidique et interrogé par le philosophe Jeremy Bentham, chargé de l’enquête. Celui-ci comprend immédiatement que le jeune Bogdan n’est qu’un illusionniste capable de suggérer à tout un chacun les fantasmagories les plus horribles.

Poursuivant l’enquête, Bentham part pour l’empire d’Autriche d’où Bogdam est originaire. C’est un long périple européen qui commence, au cours duquel il va rencontrer d’autres jeunes gens aux capacités extraordinaires : Serafim qui voit mieux les yeux fermés et lit dans les pensées, Pavlina qui aime souffrir, Iepistimia à l’incroyable mémoire. Le philosophe découvre qu’ils ont tous été conditionnés, enlevés dès leur plus jeune âge et enfermés sous la surveillance d’un certain abbé noir. Jeremy Bentham monte un spectacle avec eux et ils parcourent ainsi l’Europe de ce début de XIXe siècle afin de débusquer le prêtre maléfique qui cherche à assassiner les hommes politiques les plus influents du moment.

On ne peut pas dire que Nicolas Bouchard manque d’imagination. Il mêle paranormal, philosophie et magnétisme animal afin de doter ses jeunes personnages de capacités hors du commun. Ainsi le lecteur s’interroge-t-il sur l’éducation et plus généralement sur l’origine du mal : l’homme peut-il être élevé afin d’être mauvais ? S’amorce aussi une réflexion sur le potentiel de chaque être : l’homme peut-il développer certaines capacités inhabituelles s’il est entrainé pour ça ? On comprend bien pourquoi « l’enquêteur » ici est un philosophe, un de ceux qui tournés vers l’homme, cherchent à soulager sa condition. Ainsi a-t-il imaginé le panoptique, modèle de prison idéale, qui jouera un rôle à la fin du roman.

Malheureusement, je n’ai pas cru à cette histoire imaginée par Nicolas Bouchard. Le philosophe m’a d’emblée paru bien trop simpliste, lui qui comprend tout tout de suite mieux que tout le monde (il reconnait même l’hébreu mieux qu’un Juif…). Les épisodes concernant les différents enfants ne m’ont pas intéressée non plus, leur enfance évoquée à travers des épisodes oniriques me semblant trop caricaturale. Idem pour les scènes de combat entre la « troupe du professeur Jeremy et ses fantasmagoriques disciples » et leurs affreux ennemis très méchants. Tout ça m’a semblé simpliste compte tenu de la complexité des idées évoquées.

On ne s’ennuie pas vraiment en raison du rythme soutenu de narration et de l’enchaînement des événements, mais on regrette d’en rester au registre du roman d’aventure.

Nicolas Bouchard sur Mes Imaginaires

Panopticon, Nicolas Bouchard, Mnémos, avril 2013, 315 pages, 19€

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Mes Imaginaires est un blog de lecture animé depuis le 6 janvier 2004 par Sandrine Brugot : chroniqueuse littéraire, membre du jury du Grand Prix de l'Imaginaire de 2008 à 2018, formatrice et animatrice de débats.

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