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Fog – John Carpenter

Fog-1.jpgAntonio Bay, Californie, fête son centième anniversaire. La ville est pavoisée, les discours sont prêts : on se réjouit. Ce que les habitants ne savent pas, c’est qu’Antonio Bay doit son développement à une sombre conspiration qui couta la vie aux passagers de l’Elizabeth Dane, un navire qui transportait des lépreux à son bord. En 1880, les premiers habitants leur ont refusé l’hospitalité, les attirant dans un piège pour dérober leur or. Ceux de 1980 vont devoir payer. Comme cent ans plus tôt, un inquiétant brouillard venu de l’océan s’empare de la ville.

Le spectateur suit plusieurs personnages, dont un prêtre, le père Malone (Hal Holbrook) qui au matin des cérémonies d’anniversaire découvre le journal de son grand-père, prêtre lui aussi, comprend que la ville s’est construite sur des crimes et que les victimes vont revenir se venger. Il y a aussi Stevie Wayne (Adrienne Barbeau) animatrice radio qui envoute les nuits maritimes d’Antonio Bay, et assiste en témoin impuissant à l’invasion du brouillard.

La scène d’ouverture, au cours de laquelle un marin raconte à des enfants à minuit sur la plage la légende du bateau fantôme, installe « tranquillement » le spectateur dans une ambiance fantastique à la Edgar Allan Poe (cité en exergue) : on est tout de suite en terrain connu. La suite déroule un très classique scénario de vengeance post mortem qui souligne la culpabilité et le nécessaire paiement des fautes commises.

Fog 2De fait, le film s’installe dans un propos terriblement moral : la communauté a commis une faute, elle doit payer ou périr. Il est impossible qu’une ville se développe sur le crime et le sang de victimes innocentes. Le message est d’autant plus souligné que ce qui reste du trésor de l’Elizabeth Dane a jadis été fondu en une croix en or et que les revenants ne s’estimeront satisfaits qu’au moment où le prêtre leur restituera cette croix qui fait figure de fardeau. La dernière image du film (les revenants de retour pour trancher la tête du prêtre qui doit payer pour son grand-père) suggère qu’il ne peut exister de prêtre corrompu. Pas plus que de victimes innocentes puisque les citoyens frappés en 1980 sont tous descendants des conspirateurs de 1880. Dans l’Amérique d’aujourd’hui nous dit John Carpenter, réussite et prospérité ne peuvent se bâtir sur le crime et le sang sans risquer un (juste) retour de bâton. C’est bien beau…

Moins film d’horreur que de terreur, « Fog » installe une ambiance angoissante. On s’interroge sur le brouillard, sur la nature des êtres qu’il recèle, sur le déchainement prévu, imminent de la violence vengeresse. Quelques scènes de meurtres au crochet de bouchers sont assez sanglantes, mais rien de bien insupportable car l’effet se veut surtout psychologique. Pas de grand renfort d’hémoglobine, tout est dans la tension due à la multiplication de phénomènes inexplicables (notamment les objets qui se mettent à s’animer d’eux-mêmes), la musique et le brouillard, bien sûr.

Au final, rien de bien inoubliable (à l’inverse de « The Thing » du même Carpenter, dont je me souviens vingt ans après). En matière de films à brouillard, on préfèrera de très loin « The Mist » de Frank Darabont, d’après un texte de Stephen King.

Rupert Wainwright a tourné un remake de ce film (2005) avec Tom Welling et Maggie Grace (Shannon dans « Lost »), produit par John Carpenter.

Fog
John Carpenter, 1980
Studio Canal

Mes Imaginaires est un blog de lecture animé depuis le 6 janvier 2004 par Sandrine Brugot : chroniqueuse littéraire, membre du jury du Grand Prix de l'Imaginaire de 2008 à 2018, formatrice et animatrice de débats.

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