Adultes

L’année du rat – Régis Descott

Descott.gif

Chim’ est traqueur à la BRT (Brigade Recherche et Traque), le haut du panier en matière de police et d’efficacité : suréquipés, surentraînés, ces flics-là sont craints et blindés, pas forcément prêts au dialogue, mais violemment efficaces. Au milieu de tous ces muscles dopés à la cure de JouvX, Chim’ fait figure d’original : il prend le temps de réfléchir. Alors quand son chef l’envoie sur un septuple meurtre sanglant en Normandie, il va avoir de quoi cogiter : les victimes ont eu la gorge arrachée, leurs agresseurs ont laissé leurs empreintes partout (comme s’ils n’avaient crainte d’être retrouvés), et ils sont redoutablement radioactifs… Mais il y a pire : il s’avère bientôt que les meurtriers sont des hybrides, mi-hommes, mi-rats, du jamais vu.

Régis Descott choisit de placer son intrigue après le Conflit, sorte de Troisième Guerre mondiale, au moins européenne, basée sur des conflits religieux. De fait, c’est la génétique qui a ensuite remplacé toute sorte de croyances. Il n’y en a plus que pour la jeunesse éternelle et les trafics vont bon train, le plus souvent illégaux. Mais le traitement n’est accessible qu’aux riches, pour les autres, c’est pollution, surveillance et uniformisation.

Dans ce futur plus ou moins proche, l’humanité (représentée par Chim’, le flic désabusé par excellence) doit faire face à ses erreurs passées, et apprendre à gérer ses capacités toujours grandissantes d’apprenti sorcier. Ainsi, Chim’ va se trouver confronté à deux problèmes : le traitement des déchets nucléaires et les progrès de la science en matière d’Organismes Génétiquement Modifiés.

Régis Descott mène bien son intrigue, qu’il mêle à une histoire d’amour, lui octroyant un peu plus de sentiments dans ce monde bâti sur l’égoïsme et le profit. L’action ne faiblit jamais et le dénouement se tient, même si j’y ai vu une parodie, peut-être involontaire, d’un certain film de SF mondialement connu… Ça n’est d’ailleurs pas la seule référence du livre, il y a du Blade Runner et de L’Ile du docteur Moreau, c’est évident.

Du même auteur, j’ai précédemment lu Obscura dont l’aspect historique m’avait beaucoup plu (l’auteur sait à l’évidence intégrer sa documentation à la fiction), mais dont l’intrigue policière m’avait laissée sur ma faim. Ici, l’intrigue est aussi prétexte à réflexion sur l’évolution, l’avenir de l’humanité.

L’enquête est bouclée à la fin du volume, mais Chim’ reviendra, en Inde cette fois.

L’année du rat, Régis Descott, Lattès, mars 2011, 379 pages, 20€

A lire aussi :

L’âme de ténèbres – Emmanuelle Maia Aube Claire est un centre qui accueille des personnes gravement handicapées. Il ne s'agit pas d'un mouroir sordide mais d'un endroit où on se soucie d...
Mondes Parallèles / 1 – John Twelve Hawks Imaginez une société, aujourd'hui, demain, où tout individu peut-être pisté grâce à sa carte bleue, son téléphone mobile, son GPS… Les Frères tiennent...
Fissions – Romain Verger Peut-on croire le narrateur de Fissions, court roman de Romain Verger ? Cet être partagé qui s’est arraché les yeux pour échapper à l’asile psychiatri...
Vostok – Laurent Kloetzer Force m'est de constater que je suis probablement encore passée à côté d'un roman de Laurent Kloetzer. Sur la foi de plusieurs chroniques laudatives e...

Mes Imaginaires est un blog de lecture animé depuis le 6 janvier 2004 par Sandrine Brugot : chroniqueuse littéraire, membre du jury du Grand Prix de l'Imaginaire de 2008 à 2018, formatrice et animatrice de débats.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *