Adultes

Les loups de Prague – Olivier Paquet

Paquet 2Depuis plusieurs années déjà en France, il ne s’écrit plus grand-chose de passionnant, d’innovant ni de réjouissant en matière de littératures de l’Imaginaire. Pour un Stéphane Beauverger, un Philippe Jaworski ou un Alain Damasio, on compte bien trop d’auteurs qui s’alignent, creusent le sillon ou pire, inventent des charabias incompréhensibles sous couvert d’originalité. Ce second roman d’Olivier Paquet, je l’attendais vraiment parce que son précédent, Structura Maxima, m’avait beaucoup plu, et le temps passant (sept ans quand même), il y avait de quoi présager quelque chose de vraiment original et ambitieux.

Originalité et ambition sont bien au rendez-vous. Nous sommes à Prague (non, ce n’est pas une ville des Etats-Unis…) dans un futur incertain. Huit ans auparavant régnaient les guildes de voleurs, escrocs, assassins et autres bandits de tout poil qui faisaient la loi sur la ville. Mais le commandeur Blaha s’est emparé du pouvoir à la suite d’un coup d’Etat et désormais, c’est l’ennui qui règne sans partage. La police, quasi inutile, est désarmée, les gens mornes et les chefs de guildes rongent leur frein. Tous sauf un, Miro le Vlk, autant dire le prince, le chef des Loups. Et un réseau terroriste du nom de VIRUS passe également à l’action à travers des missions de sabotages que le journaliste Vaclav a réussi à infiltrer.

On comprend peu à peu que la population est anesthésiée par un système immunitaire à l’échelle de la ville. Nul ne peut l’attaquer, ou s’attaquer à ses habitants sans qu’elle ne se défendre à la manière du corps humain : cellules dendritiques et lymphocytes se montrent redoutables et terriblement efficaces contre les corps étrangers. Je ne saurais dire si l’idée est scientifiquement cohérente, en tout cas, elle est séduisante et donne lieu à des scènes d’action/annihilation très réussies.

Très convaincante également est l’idée des guildes et des hommes et femmes qui les composent. Ce sont des êtres humains mais les descriptions tendent habilement à nous faire penser qu’il s’agit d’animaux. Les comportements, les gestes, les habitudes de vie des Loups sont à ce point convaincants qu’on se demande parfois si l’auteur parle d’hommes ou de bêtes. La guilde des loups est la plus importante du roman, mais il y en existe beaucoup d’autres (les Serpents qui sont des assassins, les Aigles, des pirates informatique, les Rats, des espions, les Lions, des proxénètes…) et on se prend à regretter qu’ils ne soient pas aussi bien décrits.

Le seul point faible se trouve au niveau des personnages qui ne me semblent pas psychologiquement très fouillés. Le journaliste par exemple change très rapidement de comportement (et les passages au présent dans les parties du roman qui le concernent sont vraiment maladroits), et l’inspecteur qui apparaît de loin en loin est tout simplement inutile. Miro lui-même n’est pas toujours très cohérent ce qui rend l’intrigue parfois un peu floue (que veut-il exactement ?). L’intrigue avec sa fille me semble mal exploitée, trop pour ce qu’on en sait finalement ou pas assez pour qu’on s’y intéresse vraiment.

L’atmosphère l’emporte donc sur les personnages mais suffit largement à convaincre. Olivier Paquet sait doter sa Prague d’une vie autonome, faisant jaillir une société d’un microcosme, un corps de la matière inerte. Son écriture est efficace, descriptive quand il le faut, parfois même sensuelle, portant la réflexion sur des thèmes aussi importants que la liberté, la soumission, l’obéissance. C’est intelligent, efficace et original. Enfin.

 Olivier Paquet sur Mes Imaginaires

 

Les loups de Prague, Olivier Paquet, L’Atalante, février 2011, 348 pages, 18 €

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Mes Imaginaires est un blog de lecture animé depuis le 6 janvier 2004 par Sandrine Brugot : chroniqueuse littéraire, membre du jury du Grand Prix de l'Imaginaire de 2008 à 2018, formatrice et animatrice de débats.

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