Adultes

Un vampire ordinaire – Suzy McKee Charnas

Un vampire ordinaire« Terrifiant, drôle, plein de suspense… impossible à lâcher… » tels sont les mots signés Stephen King (cet homme doit être riche…) qui apparaissent sur la couverture du livre de Suzy McKee Charnas, Un vampire ordinaire. C’est étrange, très étrange. Si étrange que j’en suis venue à me demander s’il n’y a pas eu erreur à l’imprimerie, erreur de livre… Parce que soyons clair, ce livre n’est ni terrifiant, ni drôle ni plein de suspense et s’il ne m’est pas tombé des mains c’est bien parce qu’on me l’a prêté et que je suis soucieuse du bien d’autrui…

Edward Weyland, professeur d’anthropologie, est un vampire. Grâce à ses travaux sur le sommeil, il parvient à isoler discrètement ses victimes qu’il ne tue ni ne contamine. Il se nourrit, non pas grâce à des crocs mais par un aiguillon placé dans sa bouche, fait une bonne sieste et retourne à ses étudiant. Un vampire pépère, ordinaire… mais voilà, malgré son aspect cinquantenaire bien sonné, Weyland a beaucoup  de charme et suscite l’intérêt de la gente féminine. Une certaine Katje de Groot ne tarde pas à deviner sa véritable nature, ce qui lui permet de ne pas finir en victime quand vient son tour. Armée, elle lui loge deux balles dans le corps (même pas en argent !). Blessé, il doit fuir mais se retrouve prisonnier (c’est la seconde partie) d’un homme qui a décider de faire fortune en le transformant en attraction (pour happy few seulement).

Quand il parvient à s’enfuir, il entame une thérapie avec une jeune psychanalyste (troisième partie) qui bien sûr pense que son patient se prend pour un vampire.

Un vampire ordinaire, disponible en édition de poche, est réédité en grand format par Robert Laffont. Pourquoi ? Pas besoin d’être grand clerc, la vague Edward (l’autre, le beau), est passée par là, il y a donc de l’argent à se faire. A mon humble avis, c’est un pari raté avec ce titre qui est tout simplement inintéressant. Ce Weyland est froid, cynique, supérieur, il ne veut rien apprendre des hommes ni même changer. Il va changer un peu pourtant, heureusement, c’est le mince sujet du livre, et se trouver quand même, bien tapie, une fibre humaine, ou au moins sensible.
La quatrième de couverture déclare que « Suzy McKee Charnas a entièrement renouvelé, avec sensibilité, le thème du vampire« . Mouais… Il faut bien sûr se replacer dans le contexte de publication, c’est-à-dire le début des années 80. Le problème est que cette quatrième de couverture a été écrite aujourd’hui pour des lecteurs qui croulent sous l’offre vampirique, qu’elle soit gore (Guillermo del Toro) ou glamour (Stephenie Meyer, Melissa de La Cruz, Charlaine Harris, Laurell K. Hamilton…) et que ce prof d’université falot et prétentieux ne tient pas la distance. On a pu constater que les rééditions des séries Anita Blake et La Communauté du Sud, entre autres, remportent un succès considérable. C’est à mon avis que ces textes s’inscrivent dans la veine sexy du mythe qui titillera toujours les lectrices hexagonales (même si le vampire s’appelle Jean-Claude !). Servi dans un style pénible (problème de traduction ?) et émaillé de nombreuses erreurs typographiques, cet Edward ne devrait pas déplacer les foules et encore moins émouvoir les mordues de bit litt…

Un vampire ordinaire (1980), Suzy McKee Charnas traduite de l’anglais (américain) par Patrick Berthon, Robert Laffont (Ailleurs & Demain), avril 2009, 365 pages, 21€

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Mes Imaginaires est un blog de lecture animé depuis le 6 janvier 2004 par Sandrine Brugot : chroniqueuse littéraire, membre du jury du Grand Prix de l'Imaginaire de 2008 à 2018, formatrice et animatrice de débats.

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