Adultes

Djeeb le chanceur – Laurent Gidon

Qui est Djeeb ? On ne le saura jamais vraiment. C’est à tout le moins un aventurier qui n’a pour tout bagage que sa vie et entend bien en profiter. Alors pourquoi pas l’île d’Ambeliane la mystérieuse dont personne ne revient : « Tout ce qu’on savait du port et de la ville haute se limitait aux rares indiscrétions des marins ambelians. Eux seuls, coureurs des mers versés dans tous les trafics, osaient affronter les légendes qui entouraient leur patrie, sa justice réputée intraitable, ainsi que ses défenses naturelles, peut-être plus redoutables encore.« Mais Djeeb le chanceur, le menteur, le rusé parvient à accoster et en une nuit à s’introduire auprès du gratin de la société locale. C’est qu’il a du bagout ce Djeeb, il ne mâche pas ses mots et manie le verbe avec l’efficacité d’un bretteur émérite : qui s’y frotte s’y pique ! Et pas de doute, l’intérêt principal de ce roman réside dans la faconde de ce personnage. L’auteur le dote d’un sens de la répartie qui fait toujours mouche et emporte l’adhésion, même si parfois, son amour-propre et son obstination n’en font pas un héros totalement charismatique. Il est assez plaisant de le voir se sortir de situations inextricables aussi bien verbalement, qu’en payant physiquement de sa personne. Car Djeeb doit courir vite, s’évader, sauver sa peau, bref, il enchaîne les aventures à un rythme soutenu, qui a eu un peu sur moi l’effet contraire de celui attendu, c’est-à-dire qu’il m’a parfois lassée. Courir c’est bien, se reposer un peu, c’est mieux. Laurent Gidon ménage cependant des pauses pour décrire par le menu les hautes sphères ambélianes et ses manigances. Car c’est bien dans ce domaine que se situe toute l’action du roman, celui de l’intrigue politique et de la magouille à tous les étages.
Et cette fameuse cité d’Ambéliane fait figure à elle seule de personnage, à tout le moins tient-elle un rôle prépondérant dans le roman, et m’a en cela rappelé la cité de Camorr de Scott Lynch dans Les Salauds gentilshommes D’ailleurs à mon avis, Djeeb n’est pas loin de Locke Lamora et ces deux romans s’inscrivent dans la même veine qui doit moins à la fantasy qu’à l’esprit d’aventure.

Cependant, j’ai trouvé que le roman manquait d’ambition, que Djeeb aurait certainement besoin d’un théâtre plus vaste et peut-être d’une personnalité un peu mieux cernée (en particulier pour ce qui est de son passé). Peut-être la seule cité d’Ambéliane est-elle un peu étriquée pour donner à Djeeb tout le souffle romanesque auquel il pourrait prétendre. Mais si j’ai bien tout suivi, ce premier tome sera suivi d’autres qui peut-être donneront plus de consistance à son personnage et à ce contexte au très fort potentiel.

Djeeb le chanceur, Laurent Gidon, Mnémos, juin, 2009, 275 pages, 20 €
 

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