Jeunesse

La déclaration – Gemma Malley

Malley2140 : Anna, quinze ans, vit à Grange Hall avec les autres Surplus de son espèce. Elle fait partie des enfants indésirables nés illégalement depuis la mise en place en Grande-Bretagne de la Déclaration révisée en 2080. Les scientifiques ont en effet trouvé le moyen de prolonger la vie éternellement grâce au traitement de Longévité. Rapidement, la Terre est devenue surpeuplée, l’énergie a manqué ainsi que la nourriture. Il fallut donc instaurer que les couples ne devaient plus avoir d’enfants, à moins de refuser le traitement de Longévité : une vie pour une autre.

Les Rabatteurs sont chargés de traquer les contrevenants et de faire enfermer les enfants illégaux dans des institutions d’Etat telles que Grange Hall. Là, les Surplus apprennent qu’ils ne sont rien, que leur existence nuit à la société et que leurs parents sont de sales égoïstes qui croupissent en prison et les détestent. La seule raison pour laquelle ils n’ont pas été éradiqués c’est qu’ils pourront devenir Utiles afin de servir de domestiques aux Légaux, c’est-à-dire aux éternels vieux. A force de coups, de réclusion, de brimades et de corvées pour effacer la faute d’être nés, ces indésirables sont endoctrinés, telle Anna qui sait qu’elle pille les ressources naturelles de mère Nature et qu’elle gâche la vie des Légaux. Mrs. Pincent, l’Intendante, est là pour le lui rappeler.

Cette belle certitude va être ébranlée puis voler en éclats grâce à l’arrivée de Peter à Grange Hall. Il va lui répéter qu’elle ne s’appelle pas Surplus Anna mais Anna Covey et que ses parents l’aiment. Malgré elle, peu à peu, Anna va écouter Peter lui parler du monde extérieur, de la société telle qu’elle est et lui faire comprendre qu’on lui ment : les institutions telles que Grange Hall ne font pas qu’élever des Utiles, ils préservent un réservoir de cellules souches jeunes pour améliorer le traitement de Longévité.
Faisant alterner le récit et de courts passages du journal intime d’Anna, ce premier roman de Gemma Malley est brillant. La jeune écrivain britannique parvient très bien à montrer l’oppression, le désir de vie et la révolte des jeunes gens. Peu à peu Anna devient une personne, un individu qui accède à une personnalité propre après une longue période de gestation, comme un papillon sortant de sa chrysalide. Le roman porte également une réflexion sur le vieillissement et la mort : qu’en est-il d’une société qui peut vivre éternellement ? Quelle génération mérite d’être la dernière ? Comment subvenir aux besoins de tous ? Une société peut-elle se passer d’enfants, une génération en asservir une autre ?
Le seul reproche à faire à ce roman c’est son scénario hyper classique, qui suit le schéma auquel le lecteur s’attend dès le début : une enfant endoctrinée, un élément perturbateur, la prise de conscience, la révolte et la fuite. L’intrigue sans surprise pourrait être seulement une bonne copie si l’analyse d’une société devenue dangereuse grâce à l’accomplissement de son rêve le plus fou, l’immortalité, ne donnait à ce roman des accents inquiétants de dystopie à court terme.
Sur une intrigue classique, Gemma Malley construit un roman émouvant et intelligent, parfois manichéen mais qui ne peut manquer d’alimenter une réflexion sur les dérives de nos sociétés jeunistes.


La déclaration (2007), Gemma Malley traduite de l’anglais par Nathalie Peronny, Naïve (Naïveland), septembre 2007, 365 pages, 16 euros

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