Nouvelles

La chose dans la cave – David H Keller

La chose dans la caveC’est un recueil de quatre nouvelles que nous offre la petite maison d’édition de Talence. Prenons-les comme de petites perles remises à jour, écrites par un auteur méconnu aujourd’hui, alors qu’il fut en son temps publié dans le mythique Weird Tales.

Avant d’être écrivain, David Keller (1880 – 1966) a été médecin, spécialisé dans la psychiatrie et c’est ce qui rend ces nouvelles si intéressantes. Marqués du sceau de l’étrange et de l’inquiétant, ces courts textes rappellent au lecteur les plus grandes heures du fantastique français du XIXème siècle. C’est à Maupassant qu’une nouvelle comme « La Morte » me fait immédiatement penser car la question qui s’impose au lecteur est : « Cet homme est-il fou ? ». En effet, depuis quelques temps Monsieur Thompson a constaté que sa femme ne respirait plus. Elle se lève, parle avec sa mère, certes, mais cette odeur qui émane d’elle, et ces mouches qui l’assaillent… Pourtant deux médecins appelés à son chevet ont témoigné de sa bonne santé. Ne supportant plus de vivre avec un cadavre mouvant, Monsieur Thompson découpe Madame, pour sauvegarder sa santé mentale…

Les médecins sont les personnages essentiels de trois de ces quatre nouvelles et ils n’ont pas toujours le beau rôle. Dans la nouvelle éponyme, un médecin de famille prône l’intransigeance face à un jeune enfant terrorisé par la porte de la cave : qu’on le laisse seul en face de cette porte ouverte pendant une heure et il cessera ses jérémiades, c’est ainsi qu’on fait un homme d’un petit garçon. Sauf qu’une heure plus tard, le petit garçon a disparu à jamais. Sans monstres ni créatures fantastiques, Keller sait installer l’étrange au quotidien, à la manière du plus célèbre Thomas Owen. Il crée l’irrationnel à partir de petits détails et bientôt, l’angoisse fantastique apparaît. La langue est simple et sobre, à l’image de tous ces personnages qui vivaient si tranquilles avant de croiser la route du docteur Keller…
L’unique reproche que l’on puisse faire à ce recueil c’est d’être beaucoup trop court car une fois que l’on a goûté aux charmes maléfiquement troublants de cette littérature fantastique, on a envie de s’en gaver.

La chose dans la cave, David H. Keller traduit de l’anglais (américain) par Jacques Papy et France-Marie Watkins, L’Arbre vengeur, 2ème trimestre 2007, 106 pages, 11 €

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