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Les Salauds Gentilshommes / 1 – Scott Lynch

Scott LynchIl y a au moins autant de voleurs que d’honnêtes gens à Camorr, cité d’inspiration vénitienne où les Gens Bien (entendez, les truands) sont organisés en bande sous la coupe d’un chef unique, le capa Barsavi. Celui-ci ayant pris le pouvoir absolu quelques années auparavant, il fait régner la Paix secrète qui consiste à ne pas s’en prendre aux nobles. Mais il est un trublion qui n’en fait qu’a sa tête et pique à qui il veut, quand il veut. Il s’appelle la Ronce de Camorr, ou encore Locke Lamora, peut-être aussi Tavrin Callas ou bien Lukas Fehrwight… Il monte des plans compliqués pour prendre l’argent là où il est, dans le seul but de recommencer. Car lui et sa bande, les Salauds Gentilshommes, ne sont pas des Robin des Bois : ils entassent et n’y pensent plus, « Pendant quatre ans, la grande majorité de l’argent avait simplement été comptée et balancée dans les ténèbres des chambres fortes […] A part le financement des vols à venir, les Salauds Gentilshommes n’avaient véritablement aucune idée de ce qu’ils finiraient par faire de tout ce butin« .
Vivre pour voler, voler pour vivre, une vie passionnante mais non dénuée de risques. Car le bel équilibre du capa Barsavi va s’écrouler quand le Roi gris et son mage esclave vont entrer en scène. Il semble que cette mystérieuse seigneurie ait un compte à régler avec le maître des voleurs de Camorr, et sa vengeance risque d’être très sanglante. Au cœur de cette affaire se trouve Locke, qui n’évitera ni les coups, ni les humiliations.

On aura compris que ce roman de fantasy se distingue de ses homologues du même genre. Ici pas de d’apprentis sorciers, pas d’épée magique ni de quête initiatique. Quelques sorts ici et là, un peu d’alchimie mais surtout beaucoup de déguisements, d’entourloupes et de règlements de compte. Il y a de l’Arsène Lupin dans Locke Lamora, mêlé d’Oliver Twist. Car l’enfance de Locke et de ses compagnons nous est contée dans les chapitres intitulés  » Interlude  » qui ont le don d’apparaître aux moments les plus critiques pour Locke et sa bande. Le but est d’entretenir le suspens, sans doute, mais le procédé est trop systématique pour ne pas agacer et j’ai fini par sauter ces flash back qui finissent par ne plus rien apporter à l’intrigue.
Car le défaut majeur de ce premier tome est d’être beaucoup trop bavard. Les plans de Locke sont si minutieusement décrits que je me suis parfois ennuyée, prête même à laisser tomber ma lecture. Quand il a par exemple besoin de se procurer de beaux vêtements pour se présenter devant le couple de nobles qu’il dupe et que les siens lui ont tous été volés, il répète le même plan à trois personnes avant d’y parvenir. C’est un peu long pour une séquence parallèle à l’intrigue principale.
Mais ce Lamora est bien trop complexe pour ne pas retenir l’attention et emporter l’adhésion : on a irrémédiablement envie de savoir comment il va se relever une fois mis à terre, acculé, berné, à la seule force de sa jugeote, porté par l’esprit de vengeance. Donc malgré quelques temps morts, l’originalité de l’intrigue et la consistance du personnage principal font sortir du lot ces Salauds Gentilshommes dont les droits d’adaptation cinématographique ont déjà été acquis. Je ne sais pas qui va s’y coller, mais Locke n’étant ni grand ni beau, plutôt frêle et insignifiant, ça ne va pas le faire pour Tom Cruise et Antonio Banderas… dommage.

Les Salauds Gentilshommes / 1 : les mensonges de Locke Lamora (2006), Scott Lynch traduit de l’anglais (américain) par Karim Chergui, Bragelonne, février 2007, 551 pages, 22€

 

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Mes Imaginaires est un blog de lecture animé depuis le 6 janvier 2004 par Sandrine Brugot : chroniqueuse littéraire, membre du jury du Grand Prix de l'Imaginaire de 2008 à 2018, formatrice et animatrice de débats.

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