Adultes

Les îles du soleil – Ian R. MacLeod

MacLeodVoici un nouvel auteur de SF britannique, édité en France directement en poche grâce à l’heureuse initiative de la collection Folio SF chez Gallimard. Cette plume vient confirmer, si nécessaire, qu’à côté de Iain Banks, Stephen Baxter et autre Charles Stross c’est Outre Manche qu’il nous faut porter nos regards pour revivifier aujourd’hui la science-fiction. Et si vous lisez ce MacLeod-là (à ne pas confondre avec Ken MacLeod, écrivain de SF écossais lui aussi, mais rien à voir), vous ne l’oublierez pas tant son style est original.

Ce roman se présente comme le long récit d’un homme agonisant, très lucide et sincère. Homosexuel, il a dû cacher sa sexualité, la pratiquer dans des lieux qu’il aurait voulu moins glauques. Professeur à Oxford, Geoffrey Brooke aurait pu rester l’ombre qu’il était s’il n’avait connu trente ans auparavant celui qui est devenu le premier ministre de la Très-Grande-Bretagne moderniste. Ah oui, il faut préciser bien sûr qu’il s’agit là d’une uchronie, une réécriture de l’Histoire selon un point de divergence bien précis.
Pour Les îles du soleil, la divergence se situe en 1918, quand l’Allemagne gagne la Première Guerre Mondiale. La Grande-Bretagne se retrouve à genoux, humiliée, avec tous ses jeunes hommes morts sur le front, là-bas en France et un empire partant en miettes. Un de ces jeunes est Francis, l’amant passionné de Geoffrey Brooke ; le vieux professeur le pleure encore, trente ans après, se berçant de son tendre souvenir. Sauf qu’il sait quelque chose que personne d’autre ne sait : John Arthur, le dictateur moderniste de la Très-Grande-Bretagne, n’est autre que Francis, son bel amant d’antan. Mais aujourd’hui les homosexuels sont traqués, tout comme les gitans, les juifs et autres Britanniques qui font tache. Et c’est à John Arthur qu’ils le doivent. Parti en vain sur les traces de son dernier amant porté disparu pour avoir épousé une juive, Brooke décide de tuer Arthur au moment de la fête célébrée en l’honneur de son cinquantième anniversaire…
Ce roman se construit petit à petit, au fur et à mesure que l’auteur dévoile des pans du passé de son héros agonisant. Faite essentiellement de récits et de descriptions (très peu de dialogues), l’action y est lente comme les derniers jours de Geoffrey Brooke manipulé par un cancer sournois. Il vous faudra donc apprécier un style et une ambiance feutrés pour aller et venir dans sa vie d’homme qui se voudrait ordinaire mais dont la sexualité fait un paria. Il est certain que les Britanniques, plus au fait de leur Histoire récente, apprécieront plus l’uchronie et les divergences qu’elle expose comme autant de critiques ouvertes aux gouvernements qui ont construit les dictatures du 20ème siècle. Mais on peut apprécier la précision du cadre inventé, son originalité ainsi que le style très littéraire de Ian R. MacLeod, qui n’est pas sans entraîner cependant quelques longueurs.


Les îles du soleil (2005), Ian R. MacLeod traduit de l’anglais par Michelle Charrier, Gallimard (Folio SF n°222), septembre 2005, 412 pages, 7,70€

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