Adultes

Les chemins du destin – Franck Guilbert

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David et Jessica, jeune couple heureux, se rendent pour une semaine dans la maison de vacances de David enfant. Ils sont retardés en chemin par un accident de la circulation qui a coûté la vie à une jeune femme. Une fois sur place, David revoit son enfance, heureuse avec ses parents, puis malheureuse après leur divorce. Jessica, elle, ne pense qu’à la maternité et aimerait le convaincre d’avoir un enfant. Mais elle ne sait que peu de choses sur son ami dont le passé lui reste caché.
Puis on en apprend plus sur le jeune homme qui durant son adolescence a fait partie d’un groupe déviant tendance gothique, de ces jeunes tout en noir qui flirtent dans les cimetières. Franck Guilbert est tout à fait convaincant quand il met en scène, dans une deuxième partie, cette époque de la vie de David. Les références, musicales en particulier, ancrent le récit et lui donnent une authenticité que n’ont pas David et Jessica. Le jeune couple peine à être crédible car leurs relations sont très superficielles (ils voyagent, s’installent, font à manger, se lavent, se couchent, visitent la région…) et surtout le récit est dénué de tout ancrage géographique. L’histoire flotte dans un espace inconnu et pourtant 100% français, c’est dommage car de fait le lecteur peine à se l’accaparer. L’authenticité du couple étant partie sur de mauvais rails dans la première partie, l’auteur doit faire beaucoup pour que l’on s’attache à eux lors du drame qui les accable ensuite : Jessica est atteinte d’une tumeur, puis d’une autre et rien ne semble pouvoir enrayer la maladie alors qu’ils sont à quelques semaines de leur mariage.
L’auteur parvient pourtant à rendre plus intenses leurs relations, la seconde partie ayant dévoilé la personnalité trouble du jeune homme qui forcément porte en elle un drame. Mais le couple manque encore d’authenticité car David et Jessica sont trop gentils, trop bonne famille, à la limite du mièvre. Toute la dimension intime est évacuée, ils ne se révoltent ni ne pètent les plombs, brefs, ils ne sont pas vivants.
Franck Guilbert doit faire vivre ses personnages par de la chair et du détail, de la sueur et du référentiel. Ce qu’il fait très bien quand il parle de la musique des Fields of Nephilim et de l’adolescence de David. Il y a là du son, des odeurs, des couleurs et du malaise qui emmènent le lecteur là où il faut qu’il soit. L’efficacité d’un texte passe par la densité à la fois psychologique, physique et factuelle des personnages. Ce que Franck Guilbert parvient à rendre dans certaines parties de son texte. On suivra donc cet auteur dont le scénario fantastique tient la route car il suggère habilement plus qu’il n’épouvante le lecteur.

 

Les chemins du destin, Franck Guilbert, Nuit d’Avril, juin 2005, 252 pages, 16,50€

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Mes Imaginaires est un blog de lecture animé depuis le 6 janvier 2004 par Sandrine Brugot : chroniqueuse littéraire, membre du jury du Grand Prix de l'Imaginaire de 2008 à 2018, formatrice et animatrice de débats.

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