Adultes

Millenium People – James Graham Ballard

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Ballard n’écrit pas de la science-fiction, il s’en défend véhémentement, son rayon à lui c’est la fiction réaliste de type extrême (cf. le magazine « Lire » de février 2005). Soit, il n’y a effectivement rien qu’un esprit un peu perspicace ne puisse imaginer avec un peu d’effort. Car Ballard, grand maître britannique de la fiction réaliste de type extrême, nous invite à assister à la révolution des classes moyennes, c’est-à-dire architectes, médecins, journalistes… Tout ce beau monde habite la Marina de Chelsea, s’ennuie, alors, pourquoi pas une petite révolution ? Hein, parce que quand même, on nous augmente les parcmètres, alors on ne va pas se laisser faire comme ça… Bon, alors on pose quelques bombes ici et là, qui font des morts ici et là, et bon, tout ça n’est pas bien excitant, alors on rentre chez soi la queue entre les jambes, on s’est quand même bien amusé.

Vous comprendrez, grâce à ce résumé un tantinet ironique, qu’à mon avis le dernier Ballard n’atteint pas ses objectifs. Sa révolution des classes moyennes ne débouche sur rien, il n’y a ni espoir ni justification, si ce n’est la lassitude désabusée d’une tranche de la population ayant envie de se donner des émotions. Il n’y a rien derrière ces personnages, qui pourraient faire l’apologie du nihilisme, mais c’est justement ce qu’ils ne font malheureusement pas. Ces établis robotomisés aux loisirs et à la pub ne peuvent pas se détacher du carcan qu’ils se sont construit. Pas sûr d’ailleurs qu’ils aient un jour envie d’essayer, ils sont, comme l’immense majorité, satisfaits du régime pognon-télé-labrador. Ces gens-là n’attendent finalement plus rien, s’ennuient et le lecteur aussi, car Ballard n’est pas Camus, loin de là. Il passe me semble-t-il largement à côté du grand roman post 11 septembre et il ne sera pas le romancier de la révolution bourgeoise.
De plus, l’intrigue est inexistante, ce qui en fait finalement un roman pénible à lire. J’en ai quand même lu 248 pages, plus les deux derniers chapitres. Conclusion : se reporter à la réédition de Crash chez le même éditeur.

Millenium people (2003), James Graham Ballard traduit de l’anglais par Philippe Delamarre, Denoël (Denoël et d’ailleurs), janvier 2005, 367 pages, 22€

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Mes Imaginaires est un blog de lecture animé depuis le 6 janvier 2004 par Sandrine Brugot : chroniqueuse littéraire, membre du jury du Grand Prix de l'Imaginaire de 2008 à 2018, formatrice et animatrice de débats.

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