Adultes

Le syndrome du scaphandrier – Serge Brussolo

Brussolo-3.jpgCoeurDavid est plongeur, un de ces nouveaux artistes qui au cours de leurs rêves créent des ouvres d’art que les amateurs s’arrachent. Ces « productions ectoplasmiques matérialisées par un médium endormi à partir d’une image onirique hantant son cerveau » ont des vertus thérapeutiques plus ou moins durables. David a hérité de sa mère le don de matérialiser ces statues guérisseuses et développe une vie onirique beaucoup plus intense que sa vie réelle dans la quelle il se sent inutile et morose. A peine sorti d’un rêve créateur, il a besoin de replonger dans le rêve : c’est le syndrome du scaphandrier. Mais son corps s’épuise à ces plongées incessantes ; David ne produit plus que de petits ectoplasmes sans valeur et peu à peu, son corps se dégrade. Comme jadis le grand Soler Mahus, il sera bientôt bon pour le dépôt des plâtres, là où l’on remise les artistes rongés par leur art? Comme à son habitude, Serge Brussolo nous offre en quelques pages une oeuvre d’une incroyable densité où planent l’étrange et le malaise. Dans cette société de demain, l’art figuratif n’existe plus, seul l’art bénéfique a droit de cité. Mais l’art use les artistes qu’on jette comme des kleenex ; les oeuvres elles-mêmes s’usent, dégageant en vieillissant des émanations délétères dont l’homme ne sait pas se débarrasser ; enfin l’artiste est asservi à la science et totalement schizophrène, incapable de s’intégrer. David ne sait plus faire la part du rêve et de la réalité. Il choisit l’illusion car c’est là, dans sa vie intérieure que son existence acquiert sens et nécessité. C’est dans un ailleurs imaginaire qu’il est enfin quelqu’un.

Il s’agit là du terrible constat de l’inadaptation de l’artiste, voire de l’homme, à la société consumériste. Il n’y a pas de place pour tout le monde ici-bas, surtout pas pour ceux qui revendiquent une vie intérieure riche, un imaginaire hors du commun. La société les utilise, les use puis s’en débarrasse, sans regret ni remord.
Encore une belle et sombre évocation de nos impasses, toute en souffrance et en étrangeté, de la part d’un de nos plus grands auteurs actuels.

Serge Brussolo sur Mes Imaginaires

Le syndrome du scaphandier (1991), Serge Brussolo, Gallimard (Folio SF n°12), septembre 2000, 188 pages

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Mes Imaginaires est un blog de lecture animé depuis le 6 janvier 2004 par Sandrine Brugot : chroniqueuse littéraire, membre du jury du Grand Prix de l'Imaginaire de 2008 à 2018, formatrice et animatrice de débats.

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