• Le brouillard – Henri Beugras

    Parmi les petits trésors que les éditions de L’Arbre vengeur déterrent régulièrement, en voilà un d’Henri Beugras qui m’était totalement inconnu et me réjouis. Il s’inscrit dans la veine des romans intrigants, volontiers labyrinthiques et oppressants, héritiers à la fois de Kafka et des surréalistes. Quand Isidore Duval arrive dans une ville inconnue, sans savoir qui il est, d’où il vient et où il va, c’est Le procès qui vient immédiatement à l’esprit. Mais le ton général, et surtout les personnages à la fois banals et inquiétants, me rappellent aussi certains protagonistes de Marcel Béalu, comme cet oculiste qui ne vend pas des lunettes mais des yeux (in « L’Expérience de…

  • Descendre en marche – Jeff Noon

    De cet auteur britannique culte dans son pays, la quatrième de couverture de Descendre en marche nous dit qu’il « construit une oeuvre singulière, alliant expériences littéraires et incursions dans les territoires imaginaires ». Faisant part il y a peu de mon intérêt pour  Descendre en marche, quelqu’un a cru bon de signaler que pour qu’on l’apprécie, il faudrait qu’il soit traduit… Certes, ce roman n’est ni linéaire ni démonstratif, mais il plonge le lecteur bienveillant dans un univers unique, riche même si délabré. Et la langue est à l’image de son propos : libre et novatrice. Marlene la narratrice est une ancienne journaliste. Elle écrit dans des cahiers, pour ne pas oublier.…

  • Le jeu lugubre – Paco Roca

    Etrange histoire, étrange procédé narratif. Avant que la bande dessinée proprement dite ne débute, un narrateur explique qu’il a un jour trouvé un livre intitulé «Le jeu lugubre». Ledit livre portant le titre d’un célèbre tableau de Salvador Deseo, peintre surréaliste catalan, il le dévore aussitôt, fasciné par le récit qu’il contient, celui de Jonas Arquero, secrétaire du célèbre artiste. Le narrateur explique qu’avec cette bande dessinée, il a voulu «retranscrire le plus fidèlement possible» le texte d’Arquero qui se déroule à Cadaqués, à l’aube de la guerre civile espagnole. Désireux de fuir la fièvre politique madrilène, Jonas Arquero accepte immédiatement le poste de secrétaire d’un peintre célèbre demeurant très…

  • Soil / 1 à 6 – Atsushi Kaneko

    Quelque part aux Etats-Unis, il y a une ville étrange appelée Twin Peaks. Quelque part au Japon, il y en a une, au moins aussi bizarre, elle s’appelle Soil Newtown. Newtown, parce que c’est une ville nouvelle, une ville dortoir créée pour désengorger les grands centres. A priori, Soil a l’air d’une ville bien proprette, bien rangée, avec ses clubs pour dames, ses habitants souriants et ses fleurs, que de belles fleurs ! La famille Suzushiro est le symbole même de la ville : toujours souriants (absolument toujours), polis, généreux… Sauf que la jeune Mizuki a tendance à s’endormir n’importe où, n’importe quand, même dans la rue. Et que la maison familiale est…

  • Au pays de la mémoire blanche – Norac & Poulin

    Si ce n’était un sacrilège, je crois que j’aurais découpé tout l’album pour tapisser de ses magnifiques illustrations les murs de mon bureau. Aussi tristes et graves soient-elles, je ne me lasse pas de les regarder et de les montrer à qui voudra depuis que j’ai ouvert Au pays de la mémoire blanche. Ce livre est tout simplement magnifique, et je découvre avec lui Stéphane Poulin, illustrateur québécois, dont le prière d’insérer nous dit que cet album est  l’aboutissement du rêve de sa vie : « Cinq ans de travail, moitié pour les esquisses à la mine de plomb, moitié pour la réalisation des 150 pages finales à l’huile sur toile. »…