Jeunesse

Cogito – Victor Dixen

Vous avez enfanté des cancres ? Votre petit dernier préfère rapper que bachoter ? Pas de souci, Noosynth a inventé la programmation neuronale qui permet à tous les derniers de la classe d’obtenir le BAC, à savoir le Brevet d’Accès aux Corporations. A l’époque de Roxane, le procédé est encore réservé à l’élite car très onéreux, mais toujours gagnant. Gosses de riches et fils à papa n’ont plus besoin d’apprendre : une semaine de stage Science Infuse et c’est dans la poche !

Noosynth décide d’ouvrir son stage à trois boursiers, rigoureusement sélectionnés. Roxane, dix-huit ans, est l’un d’entre eux. La jeune rebelle a pourtant des raisons d’en vouloir à cette firme qui a mis ses parents au chômage. En effet, c’est à cause de la robotisation croissante et irrémédiable de la société que des millions de personnes perdent leur travail ou se voient reléguées à des postes très subalternes. Sa mère en est même morte, victime d’un chauffard alors qu’elle accomplissait ses tâches de nettoyage.

Sans rien en dire à son père alcoolique, la jeune fille s’embarque pour une semaine de programmation neuronale aux îles Fortunées, à la rencontre de très nombreux rejetons de milliardaires qui eux ont payé pour y être et ne sont donc pas forcément prêts à accueillir Roxane, Lorenzo et Faune, les trois boursiers.

Hormis quelques frictions relationnelles, le stage commence bien… pour rapidement déraper. Les stagiaires semblent d’abord un peu dans le pâté puis carrément dans le coma. OmnIA, l’IA chargée de la programmation mais aussi de l’organisation générale du stage et des îles Fortunées semble avoir quelques problèmes : se rebellerait-elle contre l’autorité de son concepteur ? Accèderait-elle à la conscience ?

Cogito dresse un portrait de notre société définitivement robotisée. Qu’est-ce que sera le travail dès lors qu’il sera accompli par des robots ? Quels bouleversements la technologie à outrance engendrera-t-elle, y compris dans les rapports sociaux ? Le dernier roman de Victor Dixen s’interroge aussi sur l’Intelligence Artificielle, la Singularité et autres avènements robotiques chers aux auteurs de science-fiction.

Les questions ne sont pas nouvelles, il s’agit donc pour Victor Dixen de proposer sa version, sa mise en garde contre le trop d’IA. Cogito se révèle dynamique et sans temps morts, porté par une héroïne que l’auteur prend le temps d’approfondir dans une première partie. C’est une rebelle, déjà blessée par la vie, intelligente et déterminée. Une fille qui en a donc et il lui en faudra car Cogito frôle le catastrophique version horrifique : les humains transformés par des IA hors de contrôle peuvent s’avérer très hostiles.

On reprochera aux autres personnages d’être un chouïa trop caricaturaux, très casting de mauvaise série télé, avant de se souvenir qu’on n’a plus depuis longtemps l’âge du lectorat cible. Cogito est une fiction jeunesse aussi intelligente qu’efficace : pas de raccourcis simplistes, les enjeux sont explicités et les interrogations bien posées. On imagine bien sûr tout de suite qu’il va y avoir un cheveu dans la Science Infuse et que le potage va se révéler indigeste mais le but est avant tout d’imaginer les problèmes à venir en mettant en scène à plus ou moins court terme les conséquences de nos choix.

Je crois bien que je l’écris à chaque chronique, mais c’est normal, j’ai l’âge de radoter : Victor Dixen, c’est bien.

Victor Dixen sur Mes Imaginaires

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Cogito, Victor Dixen, Robert Laffont (R), mai 2019, 537 pages, 19,90€

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Mes Imaginaires est un blog de lecture animé depuis le 6 janvier 2004 par Sandrine Brugot : chroniqueuse littéraire, membre du jury du Grand Prix de l'Imaginaire de 2008 à 2018, formatrice et animatrice de débats.

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