Adultes

L’enfant de poussière – Patrick K. Dewdney

L'Enfant de poussièreDès les premières pages, L’Enfant de poussière a un petit air de L’Assassin royal qui augure du meilleur. La parenté ne se fait pas tant dans l’action que dans la façon de raconter : il ne faut pas plus de quelques chapitres au lecteur pour s’attacher à Syffe, huit ans, qui raconte sa vie de pauvre orphelin chez la veuve Tarron à Corne Brune. Il est aussi ami avec Driche la nomade et comme tous les gamins il craint Hesse, le première-lame qui dit-on, enlève les enfants. Et des enfants qui disparaissent justement, il y en a à Corne Brune.

Pour épater sa copine Driche, Syffe se met à voler. Hesse l’arrête et contre toute attente semble vouloir le protéger. Brindille son amie d’enfance lui en veut par contre beaucoup d’être devenu un voleur et s’éloigne de lui. Il « travaille » alors pour Hesse, devient son indic dans les quartiers mal famés où il est chargé d’ouvrir l’oeil afin de découvrir qui a tué un homme récemment découvert dans les marais lardé de flèches.

Les aventures de Syffe ne font que commencer et commencent bien. Il va arriver bien des malheurs au gamin, il sera lui-même enlevé, jeté en prison, jugé pour avoir cambriolé un aristocrate puis placé au service d’un médecin qui deviendra son premier maître, Nahir le manchot. Temps presque béni où il devient apprenti, mais temps très court pour que continuent les aventures du gamin, jusqu’à la veille de ses treize ans à la fin de ce premier volume.

Le rythme de L’enfant de poussière ralentit nettement quand arrivent les années de formation avec un chevalier. Les circonstances les obligent à vivre seuls en forêt, à survivre loin de la civilisation et la narration s’essouffle quelque peu. Elle reprend ensuite, sous un angle plus guerrier et politique car les primautés de Brune sont à feu et à sang.

Syffe devenu vieux, et peut-être sage, se raconte sur le mode picaresque. L’écriture de Patrick K. Dewdney est extrêmement plaisante car fluide, c’est un très bon conteur qui n’abuse ni de formules ni de clichés. La voix de Syffe est authentique et on n’a aucun mal à l’imaginer. On le sent pris dans un grand jeu qu’il ne comprend pas, le lecteur pas plus que lui, et sur cet échiquier il a beaucoup à perdre même s’il n’a pas grand-chose. Orphelin, ignorant de ses origines, il est avide d’amitié voire d’affection, c’est sa faiblesse. Et il s’endurcira en grandissant, parce qu’il le faut pour survivre, tout en conservant sa belle humanité et sans doute une certaine naïveté.

La fantasy ici est quasi absente puisqu’il ne se passe pas grand-chose qui n’aurait pu advenir en un temps reculé. Quelques créatures insectoïdes un peu démesurées font bien leur apparition mais très brièvement. Quelques soupçons de sorcellerie ici et là mais l’aspect fantasy tient surtout au fait que Patrick K. Dewdney dessine un royaume imaginaire avec son histoire, ses conflits, ses croyances, sa politique… Et c’est ce qui fait la grande réussite de cette saga : la richesse et la complexité du back ground dans lequel évolue Syffe, tout à fait cohérent et intéressant.

Un premier tome qui souffle donc un vent rafraîchissant et bénéfique sur la fantasy (de langue) française, un vrai bonheur de lecture appelé à se renouveler puisque la saga comptera au moins sept volumes.

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Le Cycle de Syffe -1 : l’enfant de poussière, Patrick K. Dewdney, Au Diable Vauvert, avril 2018, 618 pages, 23€

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