Adultes

Rouille – Floriane Soulas

RouilleParis, fin du XIXe siècle. Violante est une jeune prostituée. Elle a été retrouvée sur le pavé quelques années plus tôt et placée par Léon dans une maison close, Les Jardins mécaniques. Sous le pseudonyme de Duchesse, elle est appréciée des clients et même jalousée par ses collègues car son succès lui vaut quelques faveurs, dont une chambre seule. Un certain comte de Volnay lui fait même l’inestimable faveur de l’inviter au bal.

La jeune femme s’estime mieux traitée que ses consoeurs travaillant dans la rue et ne se plaint pas. Mais elle est rongée par son passé qu’elle ignore. Amnésique, elle s’est lancée dans des recherches demeurées infructueuses pour savoir qui elle est. Quelques très maigres souvenirs lui donnent à penser qu’elle a vécu en Indes et en est revenue grâce à un aérostat. C’est que le Paris de Rouille n’est pas exactement tel qu’il fut à l’époque. Quelques pages et nous voilà dans un roman steampunk où la technologie et le développement industriel ont conduit à d’incroyables découvertes.

Les hommes se rendent sur la Lune et en tirent bien sûr profit. Ils en rapportent un métal, l’éternium. Grâce à ses propriétés, le comte de Volnay peut créer des animécas, mi-animaux, mi-machines qu’il souhaite mettre à la disposition de la police. Car les rues de Paris sont dangereuses. Depuis quelques temps, des prostituées et des enfants des rues sont retrouvés assassinés et mutilés. Violante a l’intuition que ces crimes sont liés à la consommation de rouille, une nouvelle drogue très puissante qui rend dépendant après trois prises.

Il ne faut guère plus de pages pour s’intéresser au sort de Violante et des siens. L’écriture de Floriane Soulas est très efficace, à la fois visuelle et précise, et l’intrigue ne ménage pas les personnages. Beaucoup d’actions mais aussi quelques scènes d’introspection, Rouille s’écrit comme un feuilleton. On s’attend à certaines scènes, et l’on n’est pas surpris. Les personnages sont souvent prévisibles, certains caricaturaux mais  ils s’expriment avec naturel, celui de la rue. C’est le Paris des bas-fonds dans lequel évolue Violante et il est convaincant. Beaucoup de détails sordides, des scènes violentes et une misère omniprésente : tout fonctionne.

Agréable moment de lecture donc, sans temps morts.

.

Rouille, Floriane Soulas, Scrinéo, mai 2018, 384 pages, 16,90€

A lire aussi :

Le syndrome du scaphandrier – Serge Brussolo David est plongeur, un de ces nouveaux artistes qui au cours de leurs rêves créent des ouvres d'art que les amateurs s'arrachent. Ces "productions ect...
La vieille Anglaise et le continent – Jeanne... Ça ne va pas être facile, je le sais déjà vu qu'il y a au moins dix jours que j'ai achevé ce livre et pas la moindre envie d'écrire un billet. Je ne l...
Zone Est – Marin Ledun La SF s'invite de plus en plus souvent dans la littérature générale, ça devient une banalité que de le dire. Ici, c'est un auteur habitué du roman p...
Le cauchemar de Winston – Bernard du Boucher... De Philip K. Dick à Robert Harris, on a déjà lu plusieurs romans uchroniques sur la Seconde Guerre mondiale. Dans Le cauchemar de Winston de Bernard d...

Mes Imaginaires est un blog de lecture animé depuis le 6 janvier 2004 par Sandrine Brugot : chroniqueuse littéraire, membre du jury du Grand Prix de l'Imaginaire de 2008 à 2018, formatrice et animatrice de débats.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *