L’anti-magicien / 1 – Sébastien de Castell


L’Anti-magicienUn apprenti magicien qui cherche ses pouvoirs : voilà qui pourrait nous rappeler bien trop de romans jeunesse et plus. Si on se demande pourquoi (ou pas) des auteurs empruntent encore ces sentiers rebattus, on aura assez vite la réponse avec L’Anti-magicien : pour en prendre le contrepied.

Kelen va avoir seize ans et devrait être au faîte de ses pouvoirs. Il est le fils du mage le plus puissant et influent de son clan, les Jan’Tep, et sa famille compte sur lui pour devenir quelqu’un lui aussi. Sauf que Kelen sait bien qu’il échouera aux épreuves, même s’il est assez finaud pour réussir par la ruse. Car c’est par la magie qu’il doit faire briller les bandes qui ornent son bras, pas en trichant.

Il n’arrive donc à rien sans pour autant se résoudre à devenir Sha’Tep, une honte sociale. La société dans laquelle vit Kelen est très hiérarchisée, dominée par les prétentieux mages. Quand un rejeton Jan’Tep, comme c’est le cas de Kelen, n’arrive pas à manier la magie, il devient Sha’Tep c’est-à-dire serviteur des siens : une vraie déchéance sociale.

Kelen ne sera pas le premier à qui ça arrivera, c’est déjà le cas de son oncle paternel. Mais quelques faits bizarres donnent à penser que les pouvoirs de Kelen ne sont pas faibles par nature, plutôt affaiblis. C’est d’ailleurs ce que semble essayer de lui faire comprendre Furia Perfax, une femme au franc-parler certain surgie de nulle part. Elle lui enseigne la magie des cartes et lui souffle à l’oreille qu’il n’est peut-être pas aussi nul qu’il le pense.

Il se prend pourtant un certain nombre de raclées, enchaînant les déceptions. C’est bien simple, il perd tout peu à peu : ses amis, sa famille, son statut social. Il n’a plus que Furia Perfax ainsi qu’un familier aussi arrogant que cruel : Rakis le chacureuil. En bon héros de roman, il va se retrouver au fond du trou et va devoir remonter. Non sans beigne et sang versé. Il sera même trahi par ses propres parents, ce qui est plutôt un bon ressort scénaristique.

Les explications sur comment lancer tel ou tel sort sont parfois un peu longues mais le rythme reste dynamique, vitalisé par des dialogues très efficaces. C’est que Furia Perfax (quel nom !) et Rakis ne font pas dans la dentelle, ce qui est très réjouissant. De même le dévoilement progressif de la société Jan’Tep fonctionne bien : qui sont ces mages ? D’où viennent-ils ? Sur quels mythes se sont-ils construits ? Quelle dose de légendes faut-il à un peuple pour se construire ? Que se passe-t-il quand ce à quoi vous avez toujours cru s’effondre ? L’individu est-il le produit d’une société ou de ses choix ? Liberté et vérité valent-elles de vivre en paria ?

Autant de questions qui ne seront pas résolues à l’issue L’Anti-magicien, premier volume d’une série de six.

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L’anti-magicien – 1 (Spellslinger, 1) de Sébastien de Castell traduit de l’anglais (canadien) par Laetitia Devaux, Gallimard, mai 2018, 464 pages, 18 euros

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