La maison abandonnée – Joel A. Sutherland


La maison abandonnéeJoel Sutherland le Canadien va-t-il renouveler le genre du roman de maison hantée ? Comme il se doit, la couverture de La maison abandonnée est sombre, tentante à souhait si on aime le mystère et les vieilles baraques qu’il n’est pas conseillé de chercher à retaper. Alors, peur ou pas peur ?

C’est l’été et quatre amis aimeraient le passer à ne pas s’ennuyer, voire même à explorer leur environnement au-delà des limites autorisées. Eh oui, les limites, rien de tel pour exciter le désir de transgression, c’est bien connu. Jacob, Ichiro et les jumeaux Hannah et Hayden ne résistent pas longtemps. Il faut dire que la légende du kalapik, ce monstre censé emporter les enfants sans en laisser de traces, reste entourée d’un mystère qu’à quatorze ans il est temps de percer. D’autant plus qu’à Valeton, des enfants ont effectivement disparu…

C’est en barque qu’ils naviguent sur le lac puis accostent sur une île très étrange. Ils y découvrent une immense demeure, la maison abandonnée du titre, qui pourtant montre des signes de vie. D’où viennent ces cris ? Qui a claqué la porte ? Et ce meuble, il n’a pas bougé, vous êtes sûrs les amis ? L’inquiétude monte doucement au gré de procédés traditionnels propres à faire monter l’angoisse.

Le lecteur s’interroge et les protagonistes s’inquiètent mais reviennent sur les lieux tant cette maison semble les attirer. Jacob, personnage principal, aidé ensuite de Ichiro, approfondit ses recherches in situ grâce à une expédition à la bibliothèque municipale. Fouillant dans les vieux journaux, les deux amis découvrent que la maison, nommée La Fin de l’Été, a été jadis un sanatorium pour enfants, avant d’être le théâtre d’une tragédie sanglante. Et si les acteurs de ce drame ancien n’étaient pas tout à fait morts ? Et s’ils projetaient de continuer leur bien peu charitable office ?

Joel A. Sutherland privilégie l’ambiance et la longue montée de l’inquiétude. On ne déboule pas sur les chapeaux de roues dans l’action, on prend le temps de connaître les lieux, les personnages et leurs relations. Roman d’horreur oui, mais aussi roman d’amitié. Le lecteur amateur aura lu cent fois ce genre de roman, mais le public cible (dès onze ans nous dit-on) pourra effectivement trembler s’il n’est pas trop prévenu. Le genre, qui fonctionne très bien à l’écran, passe bien ici la barre de l’écrit grâce notamment au background cinématographique que possède tout lecteur aujourd’hui. Les descriptions efficaces dressent le décor et les dialogues servent l’innocence des jeunes gens sans faire d’eux des imbéciles absolus (du genre des adolescents semi débiles chers aux slashers des années quatre-vingt).

Sans être suprêmement original, La Maison abandonnée fonctionne bien, remplissant un cahier des charges de l’angoisse sans grandiloquence ni excès de clichés. A onze ans, on pourra donc passer un « bon » moment dans cette maison hantée et se laisser surprendre par le twist final.

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La Maison abandonnée (Summers’s End, 2017), Joel A. Sutherland traduit de l’anglais (canadien) par Hélène Rioux, Actes Sud (Actes Sud Junior), mars 2018, 286 pages, 15,80€

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