Adultes

Le temps de Palanquine – Thierry Di Rollo

Le temps de PalanquineXXIIeme siècle. La Terre est menacée par Palanquine, un corps céleste rouge sang qui progresse avec une régularité mortifère. Il ne reste que peu de temps à l’humanité pour se préparer à sa fin. A Délicité, des rectifieurs s’apprêtent à voyager dans le passé pour tenter de le modifier : ne faudrait-il pas une poignée d’années supplémentaires au physicien Lockerbie pour que se mette en place la technologie nécessaire pour contrer l’inéluctable ? Le temps de Palanquine est-il réversible ?

John Linker et sa douce Eleanore sont de ceux-là, tout comme Sarah et son bourreau de jadis, William Torn. Deux couples antithétiques, amour et haine. Amour oui, dans un roman de Thierry Di Rollo, et même l’amour comme moteur et chance pour l’humanité : tout arrive…

Si dans Le temps de Palanquine l’auteur s’éloigne de sa veine ultra sombre habituelle, laissant une lueur d’espoir à ceux qui s’aiment, son XXIIeme siècle n’en est pas moins sordide et déliquescent. Le contexte n’est pas l’objet de descriptions précises mais il est pesant, saturé de regrets, d’erreurs et de vains espoirs. Sous le règne de Palanquine, c’est la mort programmée et surtout consciente, à très court terme. Dès lors, qu’est-ce que vivre ? Qu’est-ce qu’aimer ? Faut-il se battre ou s’abandonner à une mort d’autant plus fatale qu’on la sait proche ?

Cette humanité au bord de l’extinction n’est pas celle qu’on croise d’habitude dans les romans de fin du monde. Il n’y a pas de « à qui la faute », pas de « bien fait pour vous, fallait pas salir la planète ». Avec ce Thierry Di Rollo version « sentimentale » s’impose un regard sur ce qu’il y a à sauver en nous. Comme s’il était de toute façon trop tard pour juger et condamner.

Et ce qui nous sauve chers amis, c’est l’amour. Celui qui rend fou, celui qui rend fort, celui qui peut-être rend inconscient mais qui permet de regarder malgré tout demain et d’y croire. Même si demain dans le cas de John et Eleaonore, c’est hier. Vous savez, yesterday, quand l’amour était un jeu si facile, comme le chantaient quatre garçons dans le vent, qui se révèlent un point d’ancrage pour le couple. Oui, les Beatles, ça a l’air has been, comme l’amour face à la fin du monde, et pourtant la douceur, la joie et l’ivresse sont vitalité primordiale.

Un peu d’amour dans le monde de Di Rollo et nous voilà portés vers des songes essentiels, sommets ou abîmes de notre humaine condition.

Thierry Di Rollo sur Mes Imaginaires

.

Le Temps de Palanquine, Thierry Di Rollo, Le Bélial, mai 2017, 280 pages, 15€

A lire aussi :

Les mains d’Orlac – Maurice Renard En 1912, le docteur Alexis Carrel réussit les premières cultures de tissus humains. La même année, Gaston de Pawlowski imagine des banques d'organes d...
Dehors les chiens, les infidèles – Maïa Maza... Voici une lecture qui me laisse perplexe. Au moins. Quatrième de couverture : « Dehors les chiens, les infidèles met en scène les dérives du fondamen...
Le grand n’importe quoi – J.M. Erre Vous l'ignorez certainement, mais il existe un village en France pour la science-fiction : Gourdiflot-le-Bombé. Il s'y trouve un nombre impressionnant...
L’Autre / 1 – Pierre Bottéro Après un grand succès avec ses deux trilogies de fantasy autour d'Ewilan, Pierre Bottéro en entame une autre axée sur le fantastique. Le lecteur sui...

Mes Imaginaires est un blog de lecture animé depuis le 6 janvier 2004 par Sandrine Brugot : chroniqueuse littéraire, membre du jury du Grand Prix de l'Imaginaire de 2008 à 2018, formatrice et animatrice de débats.

4 Comments

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *