Héros secondaires – S.G. Browne


héros secondairesIls sont six. Six potes réunis par une activité hors du commun qu’ils pratiquent depuis plusieurs années : testeurs de médicaments pour l’industrie pharmaceutique. Diarrhées, vomissements, malaises, éruptions cutanées, ils connaissent. Ils connaissent aussi les risques du métier mais pour vivre à New York aujourd’hui, faut ce qu’il faut.

Lloyd Prescott, narrateur de Héros secondaires fait aussi la manche dans des endroits stratégiques et parvient ainsi à gagner cinquante mille dollars par an. Pas si mal pour un loser. Il vit chez Sophie, sa petite amie qui elle est, entre autres, fée dans Central Park. Elle est vegan et adepte du bio (même son chat est végétarien…) aussi ne voit-elle pas d’un oeil réjoui les activités de cobaye de Lloyd. Régulièrement, elle le presse de trouver un vrai travail, qui ne mette pas sa vie en danger et corresponde à ses capacités. Il lui promet qu’il va changer, trouver un boulot dans le marketing, mais ne fait rien pour.

A trente ans, je me prends toujours la tête pour trouver ce que je veux faire quand je serai grand.

Lloyd, Randy, Charlie, Isaac, Vic et Frank se retrouvent régulièrement pour jouer au poker et discuter des derniers tests auxquels ils participent. Un jour, Lloyd se rend compte qu’il est capable d’endormir les gens à distance ; Randy qu’il peut provoquer de l’eczéma et Charlie donner des convulsions. Tous développent un pouvoir lié aux effets secondaires des dizaines de médicaments ingérés. Ils décident de s’en servir pour donner des leçons à tous les chieurs qui peuplent les rues de New York et aider par exemple les femmes ou les SDF qui se font agresser.

Bientôt, la presse relate leurs exploits : ils sont les nouveaux super-héros de la ville. Mais sévit aussi dans les rues un duo de super-méchants : Mr Black-Out qui rend les gens amnésiques et Illusion Man qui leur donne des hallucinations. Et les super-héros deviennent des super-zéros. Mais ça ne va pas se passer comme ça…

Héros secondaires est un roman drôle de bout en bout qui saisit le lecteur dès les premières pages par la voix de son narrateur. Lloyd est un loser qu’on aime d’emblée, le type passé à côté du rêve américain, un genre de parasite attendrissant. Fainéant mais généreux, il est aussi lucide quant à sa condition. Le titre original, Less Than Hero, rappelle celui du célébrissime roman de Bret Easton Ellis, Moins que zéro, qui portraiturait la jeunesse californienne des années quatre-vingt. Quarante ans plus tard, les jeunes Américains sont toujours aussi paumés et dépendants.

C’est par Lloyd que S. G. Browne nous parle de l’industrie pharmaceutique aux États-Unis et à l’extravagant pouvoir des laboratoires et de la publicité. La population se bourre de médicaments, qui provoquent des effets secondaires qui nécessitent d’autres médicaments.

Les États-Unis et la Nouvelle-Zélande sont les seules nations industrialisées au monde qui autorisent les groupes pharmaceutiques à faire la publicité de leurs médicaments auprès des consommateurs. Tous les autres pays occidentaux ont interdit cette pratique. Et tandis que ces entreprises ont le droit de vanter les mérites de substances susceptibles de provoquer des insuffisances cardiaques, des pertes de mémoire, et d’augmenter le risque de décès, les fabricants de compléments alimentaires naturels osant déclarer que leurs produits aident à prévenir telle ou telle maladie ou ont telle ou telle vertu curative s’exposent à des amendes conséquentes, voire à une incarcération potentielle.

Héros secondaires est donc un roman de critique sociale dans une veine satirique et réjouissante. Ça n’est pas une nouveauté mais ça fonctionne très bien.

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Héros secondaires (Less Than Hero, 2015), S.G. Browne traduit de l’anglais (américain) par Morgane Saysana, Agullo, octobre 2017, 346 pages, 21,70€

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