Sombres cités souterraines – Lisa Goldstein


Sombres cités souterrainesIl existe des classiques de la littérature jeunesse qui sont notre culture commune.  Ainsi Alice, Peter Pan, ou Bilbo ont beau avoir été inventés par des Britanniques, ils sont aussi notre patrimoine et nous connaissons ces ailleurs dont ils parlent. Neverland ou Pays des merveilles, ils mettent en scène un autre monde, souvent accessible aux seuls enfants. Leurs créateurs d’ailleurs ont d’abord raconté leurs histoires à des enfants.

Et si c’était l’inverse ? Si c’étaient les enfants qui leur avaient raconté les histoires qu’ils avaient ensuite retranscrites ? C’est ce qui est arrivé à Jeremy quand il était enfant. Il a découvert une porte dans un arbre et ainsi franchi une frontière vers un autre monde. Ce qu’il y vécut, il le raconta à sa mère qui en fit des livres pour les enfants, très rapidement best sellers, la série des Jeremy. Désormais cinquantenaire, Jeremy dit Jerry ne se souvient de rien mais en veut à sa mère qui lui a volé son enfance.

Il vit solitaire, à l’abri des fans des livres dont il est le héros. Mais voilà qu’une journaliste, Ruth Berry, cherche à l’interviewer, qu’un certain Mr. Settertop s’intéresse à ses dessins et qu’une avocate le contacte également. La chère tranquillité de Jerry est mise à mal et tout s’accélère. C’est qu’il se passe des choses dans le Pays en Bas, ce monde souterrain auquel on accède, semble-t-il, par les couloirs du métro, de San Francisco ou de Londres. Et ce qui surgit, ce n’est rien moins que la mythologie égyptienne et son panthéon de dieux aussi sanguinaires qu’incestueux.

A lire Sombres cités souterraines on pense aux Voies d’Anubis, à Neverwhere et on se souvient de tous les classiques pour la jeunesse dont il est question. C’est un livre qui se nourrit de livres, comme un hommage ou exercice d’admiration. On peut même imaginer J.K. Rowling sous les traits de E.A. Jones, l’auteur de la série des Jeremy. Les livres que nous avons lus enfants, tout est là : ils nous façonnent et nous ouvrent pour longtemps les portes de l’imaginaire.

Lisa Goldstein renouvelle l’ailleurs traditionnel de ces romans en l’imaginant à la fois urbain et égyptien. Alliance surprenante qui fonctionne pourtant, peut-être parce que nous sommes prêts à croire. Le rocambolesque prend le dessus sur la fin qui s’accélère et multiplie les rebondissements. Tout au long du roman, on ne se départit jamais du sentiment que Lisa Goldstein connaît bien la mythologie égyptienne et qu’elle l’actualise intelligemment, malgré quelques personnages caricaturaux. A l’inverse d’autres romans qui n’en finissent pas, on aurait même bien pris quelques pages de plus pour moins de raccourcis et plus d’explications.

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Sombres cités souterraines (Dark Cities Underground, 1999), Lisa Goldstein traduite de l’anglais (américain) par Patrick Marcel, Les Moutons électriques (La bibliothèque voltaïque), janvier 2017, 249 pages, 19,90€

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