La faucheuse – Neal Shusterman


La faucheuseUn peu d’originalité dans la littérature ado, en tout cas pour ce que j’en lis à savoir les littératures de l’Imaginaire. On a déjà pu lire plusieurs titres de Neal Shusterman avec plaisir, et le revoilà encore plus convaincant avec La Faucheuse, premier volume d’une trilogie qui commence bien.

Nous voilà en MidAmérique, à une époque où la mort a été abolie. Plus de maladies non plus, on devient vieux mais on peut se régénérer autant de fois qu’on en a envie. Le monde et les rapports sociaux sont gérés par un super ordinateur, une Intelligence Artificielle nommée le Thunderhead, qui a aussi aboli les crimes, les guerres, les gouvernements. Tout un chacun peut donc vivre sans l’angoisse de mourir ou d’être malade, tout en sachant la jeunesse ou n’importe quel âge à portée de régénérescence. En cas de mort (accidentelle ou suicide), on est ressuscité.

Mais. Oui, il y a quand même un mais. Pour réguler la population, il existe une caste dont les membres sont chargés de tuer définitivement, sans résurrection possible. Ce sont les faucheurs, craints même des plus puissants. Quand on voit un faucheur, on voit la mort définitive, qui concerne 1% de la population. Citra et Rowan, deux adolescents qui ne se connaissent pas et vivent des vies ordinaires sont choisis pour être apprentis faucheurs. Ils deviennent les élèves de Maître Faraday, un faucheur de la vieille école, très juste et droit qui leur enseigne l’honneur du métier.

Mais il est d’autres faucheurs comme Maître Goddard qui n’appartiennent pas à la même école que Faraday. Ils aiment tuer, ils aiment le sang et aboliraient bien le code d’honneur des faucheurs pour se livrer à des carnages et assouvir leurs instincts. C’est la lutte entre Faraday et Goddard, lutte qui se transforme en crise quand Faraday meurt et que Rowan devient de force l’apprenti de Goddard tandis que Citra continue sa formation auprès de dame Curie, la Marquise de la mort. A l’issue de leur année d’apprentissage, un seul sera élu faucheur et celui-là devra glaner l’autre : il devra le tuer.

Beaucoup de très bonnes choses dans ce premier volume et surtout de l’originalité. On est encore dans une lutte à mort entre adolescents, mais le contexte est inventif et surprenant. Il n’est pas présenté d’emblée comme une dystopie, les gens semblent heureux dans ce monde qui a vaincu la mort. Les questions se font jour petit à petit, ne sont pas posées mais suggérées au lecteur. Dans l’ensemble, les personnages sont aussi assez subtils, hormis peut-être Maître Goddard qui est vraiment le grand méchant sadique.

La mort devient superficielle dans ce monde où on vit éternellement. Les faucheurs sont donc un fléau craint mais aussi flatté, dans la mesure où ils peuvent accorder l’immunité : ils sont les nouveaux-dieux dans une société qui prétend ne plus en avoir. L’auteur ne s’appesantit pas sur ce manque de transcendance mais il transparait dans la solitude de Citra et Rowan qui n’ont plus qu’eux sur qui compter et aucun espoir d’en finir un jour avec le monde-ci, si ce n’est en se suicidant.

Les rebondissements et autres retournements de situation rythment La faucheuse qui suit l’évolution des deux jeunes protagonistes, leur formation et leurs rivalités : l’un des deux devra-t-il tuer l’autre ? Se sortiront-ils de ce piège ? Rowan répondra-t-il au plaisir du sang inoculé par maître Goddard ?
C’est prenant et bien construit.

Neal Shusterman sur Mes Imaginaires

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La faucheuse – 1 (Scythe), Neal Shusterman traduit de l’anglais (américain) par Cécile Ardilly, Robert Laffont (R), février 2017, 495 pages, 18,90€

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