Anansi Boys – Neil Gaiman


anansi boysLe vrai fardeau dans la vie de Gros Charlie, c’est son père. D’ailleurs, il ne s’appelle pas Gros Charlie, mais Charles, Charles Nancy. Gros Charlie est un cadeau de son père qui un jour l’a appelé comme ça et le surnom est resté. C’est bizarre cette faculté de son père à marquer les esprits, à pénétrer dedans même dirait-on… Enfin pour l’heure, tout semble s’arranger puisqu’on annonce à Gros Charlie la mort de son américain de père que présentement il n’a pas vu depuis une dizaine d’années puisqu’il a mis l’Atlantique entre lui et cet encombrant original en s’installant en Grande-Bretagne. Arrivé en Floride pour les funérailles, il apprend de la vieille Mme Higgler que son père était Anansi, le dieu-araignée, un plaisantin pas toujours apprécié.

Ce qu’il ne sait pas encore, c’est que c’est le début de ses vrais soucis. Son père lui mettait juste la honte en raison de ses excentricités mais Mygal, son frère, va lui causer de réels problèmes. Il ne le connaissait d’ailleurs pas et c’est sans doute pour ça qu’il a fait comme Mme Higgler a dit : il a demandé à une araignée de le faire venir. Et voilà Mygal qui débarque dans la vie un peu terne de Gros Charlie.

Malgré une future belle-mère au bas mot récalcitrante, il est sur le point d’épouser la prude Rosie, fervente adepte du jamais-avant-le-mariage. Il est comptable dans une agence de gestions de bien depuis presque deux ans et vit à Londres dans un gentil appartement avec chambre d’amis. Parfait pour Mygal qui s’installe tout simplement, transformant ladite chambre en véritable suite de luxe avec vue sur la mer et les palmiers. A Londres. C’est que Mygal a hérité de toutes les capacités magiques de leur père, ne laissant rien à Gros Charlie qui rame même pour garder Rosie sitôt qu’elle croise le regard de son frère. Mygal se fait passer pour Gros Charlie dans la tête de Rosie et emballé c’est pesé : oubliés les principes, Mygal obtient de Rosie tout ce qu’elle n’a jamais accordé à Gros Charlie !

Le pauvre n’en reste pas là côté désillusions. Mygal, se faisant passer pour Gros Charlie découvre que le patron de son frère, Grahame Coats, se livre à des malversations et détourne l’argent de ses riches clients sur des comptes personnels. Mygal fait part de sa découverte au patron qui n’entend pas passer le restant de sa vie en prison et s’organise pour se débarrasser de son employé zélé en lui faisant porter le chapeau. Mais bien sûr, c’est à son retour Gros Charlie qui devra affronter le plan machiavélique de son patron.

Ça fait déjà pas mal de problèmes à gérer, alors ces oiseaux qui se pointent en nombre inquiétant dès que Gros Charlie sort quelque part, sont la goutte d’eau qui fait déborder le vase. Gros Charlie repart en Floride pour demander à ces étranges et très vieilles anciennes voisines de faire partir Mygal, définitivement.

Anansi Boys prend plusieurs fois des tours tout à fait improbables et c’est sans doute un de ses charmes. C’est loufoque et inattendu, ça mêle le grotesque et l’horreur : on n’a jamais vraiment peur mais on rit bien.

Le fade Gros Charlie ressemble beaucoup à Richard Mayhew dans Neverwhere, lui qui voit basculer sa vie du jour au lendemain pour découvrir un monde, notre monde, beaucoup moins familier que nos sens ne nous le laissent entrevoir. On retrouve aussi dans Anansi Boys le mélange de la réalité urbaine et de monde magique, inconnu, tellement plus fun que le nôtre. Un peu dangereux aussi parfois, mais si excitant !

Et puis ce Gaiman se permet tous les détournements, c’est à la fois drôle et loufoque :

Près des moulins à vent de Babyland, il s’assit et pleura…

Anansi, c’est celui qui fait pétiller la vie, celui qui raconte des histoires, les vole aux dieux pour les donner aux hommes. Il est l’étincelle, il est la joie, le remède contre la morosité urbaine et la bien-pensance…

Neil Gaiman sur Mes Imaginaires

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Anansi Boys (Anansi Boys, 2005), Neil Gaiman traduit de l’anglais par Michel Pagel, Au Diable Vauvert, 2006, 489 pages, 22€

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