Toxique – Samanta Schweblin


toxiqueVoici encore un roman dont il ne faut rien dire sous peine de se faire lyncher par les futurs lecteurs. Difficile tâche du chroniqueur qui voudrait raconter pour donner envie mais s’en voudrait de déflorer un sujet. Et surtout ici, de ruiner le crescendo narratif mis en place par Samanta Schweblin. Nous avions déjà apprécié l’auteur argentine pour son recueil de nouvelles Des oiseaux plein la bouche et avec Toxique, elle parfait son art de l’étrange grâce à un style quasi obsessionnel qui submerge peu à peu le lecteur.

Amanda a loué une maison pour les vacances dans la campagne Argentine avec sa fille Nina. Elle a rencontré une femme étrange, Carla qui vit non loin de là. Carla raconte à Amanda que son fils David n’est pas son fils, que son corps a transmuté suite à une maladie. Qui donc est David ? Qui est cet enfant qui parallèlement parle avec Amanda, semble la guider ? De quelle maladie souffre-t-il ? D’où lui parle-t-il ?

L’inconnu est l’élément moteur de ce court roman. Une maison inconnue louée pour les vacances, une femme rencontrée, un village retiré, une maladie dont on ne connaît ni la cause, ni les symptômes, ni les conséquences. Le lecteur se fraie un chemin de compréhension parmi des dialogues décousus qui construisent l’inquiétude (le roman n’est fait que de dialogues, un tour de force en soi). Carla semble folle mais aussi avoir vécu un épisode terrible avec son fils, qui peut-être menace Amanda.

Ce qui pèse, sans qu’on en sache la cause puisque les personnages eux-mêmes ne le comprennent pas et qu’il n’y a ni voix off, ni description pour nous l’expliquer, c’est qu’une épidémie sévit, « un mal qui répand la terreur » d’autant plus surement qu’il est inconnu. L’inquiétude surgit de l’étrange, s’empare du lecteur qui imagine ce qu’il ignore, et imagine le pire. Samanta Schweblin confirme sa maîtrise de l’inquiétante étrangeté propre aux latino-américains héritiers de Borges et Cortazar, qui passe outre l’attirail descriptif traditionnel pour construire des univers oppressants car à la limite entre la peur et le familier.

Toxique est un roman tout en tension dont l’urgence saisit le lecteur : le Mal est là, il progresse, il menace sans se laisser circonvenir. L’imagination du lecteur travaille dans les blancs des dialogues, de nombreuses interprétations surgissent, toutes dramatiques…

Samanta Schweblin sur Mes Imaginaires

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Toxique (Distancia de rescate, 2014), Samanta Schweblin traduite de l’espagnol (argentin) par Aurore Touya, Gallimard (Du Monde entier), avril 2017, 120 pages, 14€

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3 commentaires sur “Toxique – Samanta Schweblin