Lady Rudge – Sonia Quémener


Lady RudgeJ’ai découvert les éditions le Peuple de Mü grâce aux romans d’Emmanuel Quentin. La maison est dynamique, les auteurs nombreux et leurs imaginaires prometteurs. Me voilà donc partie dans les rues de Londres et bien au-delà avec une certaine lady Rudge qui peut elle aussi se vanter d’avoir fait un long voyage…

Le roman s’ouvre sur quelques pages assez étranges qui pourraient rebuter si tout était de la même eau. Mais nous voilà ensuite à Bedlam, de sinistre mémoire, aux côtés de lord Edward et de sa sœur Georgina : ils viennent chercher leur mère, lady Rudge, enfermée là depuis plusieurs semaines. Elle rentre d’un voyage avec les Visiteurs, un très long voyage qui l’a amenée à parcourir les galaxies à la découverte de mondes inconnus de nous, humains.

Alors que lady Rudge était encore une jeune fille à marier, les Visiteurs la fascinaient déjà. Elle rêvait d’entrer à leur service, comme certains humains y parvenaient, mais les conventions sociales du milieu du XIXe siècle y faisaient obstacle.  Dans le récit qu’elle fait à ses enfants et à un journaliste qui le publiera, elle raconte comment elle s’est effectivement mariée et a ensuite abandonné sa famille pour accomplir son rêve. Et elle détaille son extraordinaire périple en compagnie des Visiteurs qui depuis un siècle occupent la Grande-Bretagne.

Ces créatures venues d’ailleurs ont été bien acceptées dans la mesure où elles offraient de l’or en échange de l’extraction de matériaux inutiles. Leur générosité a considérablement amélioré l’économie et boosté l’esprit d’industrie et d’entreprise. La Grande-Bretagne de Lady Rudge n’est donc pas celle d’un XIXe siècle traditionnel mais un univers steampunk dans lequel la technologie est bien plus avancée que celle de l’époque.

C’est dans cette sympathique ambiance steampunk et extraterrestre que lady Rudge évolue. C’est une de ces jeunes femmes décidée et énergique, assoiffée de sciences et d’expériences qu’on croise avec plaisir dernièrement dans par exemple L’Arche de Darwin ou Mémoires, par lady Trent. Elizabeth Swanson est moins élaborée, ses convictions scientifiques plus superficielles mais elle est déterminée. Je n’ai pas toujours suivi sa logique (comment peut-elle proposer des armes aux poulpes ?) mais le plus important réside dans ce qu’elle comprend à l’issue de son voyage.

Il serait bien sûr inélégant d’en faire part mais disons qu’elle va apprendre à relativiser et à penser autrement qu’en humaine. A penser à long terme également, ce qui ne ferait pas de mal à l’humanité en règle générale. Lady Rudge va perdre sa naïveté première au contact prolongé des Visiteurs ainsi qu’en découvrant d’autres civilisations extraterrestres.

J’ai plus apprécié les préparatifs du voyage que le voyage lui-même. Le récit de la vieille femme est entrecoupé d’une narration au présent qui la met en scène chez son fils, riche peintre oisif. La double narration dynamise le récit, mais le contexte du présent de narration ne m’a pas semblé toujours précis. Ce n’est par exemple qu’à la fin que j’ai compris qu’Edward et Georgina étaient relativement âgés (le temps a passé différemment pour lady Rudge). L’aveuglement des hommes est par contre tout à fait intéressant, de même que la façon dont les Visiteurs exploitent la cupidité humaine : qu’on nous donne de l’or et toutes les portes s’ouvrent, sans scrupules ni restrictions !

Enfin, quel plaisir de lire Sonia Quémener : son style est enlevé, dynamique et surtout original. Elle ne craint ni le mot rare ni le subjonctif imparfait qu’elle manie avec constance et semble-t-il beaucoup de plaisir. Il n’en démode pas pour autant son style, léger et précieux au bon sens du terme. Il convient parfaitement à ce steampunk d’aventures.

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Lady Rudge, Sonia Quémener, Le Peuple de Mü, mai 2017, 230 pages, 17€

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