Bagdad, la grande évasion ! – Saad Z. Hossain


bagdad, la grande évasionQui n’a pas entendu parler de Bagdad, la grande évasion ? Un titre proposé par Agullo, la petite maison tendance qui monte et emballe son lectorat de fidèles par ses choix judicieux. Il s’agit ici de lire un auteur bangladeshi et disons-le tout net, c’est une première pour moi. Après Frankenstein à Bagdad l’an dernier, me voilà donc de retour dans la capitale irakienne sous occupation américaine. Comme Ahmed Saadawi, Saad Z. Hossain choisit l’humour pour rendre compte d’un conflit violent.

Kinza, cerveau du marché noir et Dagr son pote ancien prof de fac, cherchent à rallier Mossoul pour mettre la main sur un improbable trésor. Hamid voyage avec eux, ancien tortionnaire de Saddam Hussein. En chemin, ils croisent un certain Amal qui leur demande de débarrasser le quartier d’un tueur en série surnommé le Lion d’Akkad. Tuer, ils savent faire, les voilà donc en chasse. Je vous passe les détails mais ils vont zigouiller l’homme de trop, le fils de l’imam qui va vouloir se venger, mais pas que. Il veut aussi mettre la main sur une montre que les trois compères ont découverte dans la planque du Lion.

Une drôle de montre, de celles qui ne donnent pas l’heure mais bénéficient d’un mécanisme très complexe. Dagr démonte et essaie de comprendre, mais ça résiste…

Tous les trois ou quatre ans, un voleur propose à la cantonade une vieillerie qu’il affirme être la montre druze. Censée appartenir à une tribu druze disparue. C’est une montre sans en être une, pas censée indiquer l’heure mais tout autre chose. Une connerie mystique. Certains la prennent au sérieux.

Il y a aussi un groupe de soldats américains complètement barrés et en apparence abrutis et drogués jusqu’à l’os. Certains se révèleront plus malins qu’annoncés, mais peu. On croise même en ces pages des alchimistes, des sorcières et des djinns… plusieurs siècles d’imaginaire et de sciences.

Résumer plus avant l’intrigue de Bagdad, la grande évasion est un défi tant l’intrigue est complexe et part dans tous les sens. Les situations et les personnages sont plus qu’improbables, très drôles si on apprécie l’humour un peu gras et la répartie cinglante. Saad Z. Hossain a le don des dialogues et manie l’humour noir en virtuose.

L’association avec le Vieux avait porté ses fruits. L’équipe d’artificiers de l’imam venait de dégommer un groupe de soldats américains sans aucunes représailles. Au cours actuel du Blanc, un Blanc pour 78,3 basanés, ça faisait l’effet d’un tremblement de terre et on parlait de l’imam comme député aux prochaines législatives.

Saad Z. Hossain montre la richesse d’un pays détruit par la guerre, la religion et la corruption. Il convoque savants, inventeurs et rêveurs d’un Orient millénaire. De grands penseurs et scientifiques ont fait avancer le monde mais il suffit d’un feu, de l’incendie d’une bibliothèque pour que le savoir et la culture disparaissent sous la violence de quelques fous furieux. Pour ne pas sombrer, il reste l’humour, un remède contre la noirceur du monde et la mort. L’humour et l’amitié, deux remèdes pour Dagr à qui la guerre a tout enlevé.

Ce roman m’a fait penser à Catch 22, pour l’absurde et la guerre et le côté politiquement incorrect. Le mélange fonctionne, même s’il est parfois très masculin (sexe et violence ne me font pas toujours mourir de rire). On remarquera d’ailleurs que, sauf erreur, les avis dithyrambiques trouvés ici et là sur la toile sont exclusivement masculins… Les situations sont tellement dingues et les personnages improbables que le lecteur incrédule va de surprises en émerveillements sur un rythme échevelé. Quelques parenthèses plus émouvantes donnent de la profondeur au personnage de Dagr, le plus complexe et humain. Chaos et non sens règnent cependant, subtil mélange dans un monde qui ne l’est plus.

NB : rien ne l’annonce mais il y a un glossaire à la fin, qui vous évitera de chercher en cours de lecture qui est Tarek Aziz ou ce qu’est un kebbeh (ça aurait été vraiment top de l’annoncer au début !)

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Bagdad, la grande évasion ! (Escape from Bagdad !, 2013), Saad Z. Hossain traduit de l’anglais (bangladeshi) par Jean-François Le Ruyet, Agullo, avril 2017, 373 pages, 22 euros

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2 commentaires sur “Bagdad, la grande évasion ! – Saad Z. Hossain

  • keisha

    Ah ces univers de guerre, sexe et violence! ^_^ Je me souviens de l’avis de Yv.
    J’aime bien ta remarque sarcastique sur le glossaire (comme quoi faut toujours regarder la fin avant de démarrer) Je me souviens de Tarek Aziz (cela s’est ma l terminé pour lui, je crois) ,quant au kebbeh, je viens de découvrir, miam!