Déracinée – Naomi Novik


DéracinéeMa première rencontre avec Naomi Novik il y a une dizaine d’années s’était plutôt mal passée. Le premier tome (et son premier roman) de sa série à succès Téméraire m’avait plus qu’ennuyée : je l’avais trouvé ridicule. Je n’avais donc pas hâte de retrouver l’auteur et beaucoup d’a priori en ouvrant Déracinée, un one shot dont je ne savais pourtant rien. Autant dire que la surprise n’en fut que meilleure.

Contre toute attente, c’est la jeune Agnieszka qui est choisie par le Dragon pour vivre avec lui pendant dix ans. Kasia avait pourtant été élevée dans cette optique : elle, si belle, serait forcément celle que le magicien choisirait lors de la traditionnelle cérémonie. C’est pourtant à Agnieszka que le Dragon s’efforce d’enseigner des rudiments de magie. Mais la jeune fille est maladroite en plus d’être négligée et inattentive. Elle a un don pour se salir et ne retient rien.

Il semblerait pourtant qu’elle fasse preuve d’une sorte de magie particulière capable de fusionner avec celle du Dragon pour la rendre plus opérante. Cet accroissement de pouvoir est le bienvenu car le Bois multiplie ses attaques. Car du haut de sa tour, le Dragon lutte de toute sa magie contre le Bois et ses maléfices ; mais il ne peut être partout à la fois. Aussi maladroite soit-elle, Agnieszka se lance au secours de son village alors que le Dragon est appelé ailleurs, et fait ce qu’elle peut… C’est bientôt son amie Kasia qu’elle doit secourir, faite prisonnière par le Bois. Mais jamais, jamais personne emprisonné par le Bois n’en est ressorti vivant…

Bientôt, le jeune prince Malek, informé des prodiges du Dragon, vient lui demander de faire sortir sa mère du Bois. La jeune reine s’est enfuie avec un prince rival et s’y est réfugiée, abandonnant mari et enfants. Mais c’était vingt ans auparavant : que reste-il désormais de la reine ? Le roi et la cour sont-ils prêts à l’accueillir ?

Ce qui m’a plu dans ce roman, c’est son originalité. Le folklore invoqué est slave, plus particulièrement polonais, ce qui n’est pas courant en fantasy. Le Mal est ici symbolisé par le Bois dont on ne sait rien. Ce Bois maléfique avec ses promeneurs, ses mantes effrayantes et ses arbres-cœurs est la grande réussite du roman. On ne connaît ni ses intentions ni ses possibilités, ni rien de son passé. A quoi lui servent donc ses prisonniers ? C’est une entité inquiétante qui fonctionne bien grâce au mystère qui l’entoure.

Il y a aussi des magiciens, des rois, des reines et des princes, une cour, des pauvres gens et une héroïne intrépide. Des éléments propres au conte mais utilisés dans un cadre dépaysant, parfois avec humour.
Mais la magie se révèle déconcertante, trop facile et démonstrative. Conjuguée à un trop grand nombre de rebondissements, elle submerge les personnages qui peinent parfois à vivre. Et cette fin qui n’arrive jamais met à mal la patience du lecteur malgré le one shot.

Au final, Déracinée exploite une veine inhabituelle et riche qui se dilue dans le trop de magie et de démonstratif. Mais l’originalité l’emporte et la jeune Agnieszka, bien que très moderne pour le contexte, est un personnage qui fonctionne et  qu’on suit avec plaisir dans ses aventures, qu’elles soient amicales, amoureuses, princières ou forestières.

Naomi Novik sur Mes Imaginaires

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Déracinée (Uprooted, 2015), Naomi Novik traduite de l’anglais (américain) par Benjamin Kuntzer, Pygmalion, janvier 2017, 505 pages)

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7 commentaires sur “Déracinée – Naomi Novik

  • Lorhkan

    Ah ben c’est amusant parce que moi justement j’avais commencé la lecture de ce roman mais le comportement d’Agniezska (notamment dans ses relations avec le Dragon, et tout ce qu’elle laisse faire trop facilement) m’avait passablement déplu… Il faudrait que je lui redonne sa chance…

    • Sandrine Brugot Maillard Auteur de l’article

      Pas sûre qu’il soit nécessaire d’en faire une priorité : la jeune héroïne est une jeune héroïne de roman de fantasy, pas de miracle de ce côté-là, c’est plutôt le contexte qui m’a plu, surtout parce que je cherche un peu désespérément l’originalité et de possibles one short à conseiller aux récalcitrants…

  • Gaelle

    Je n’avais pas accroché à la lecture de Téméraire. J’ai lu Déracinée par curiosité car il y a peu de one shot. La lecture a été plus agréable mais ne m’a pas transporté dans son univers. J’ai trouvé que l’auteur se contentait de mélanger les ingrédients pour écrire un conte magique. Bien écrit certes mais pas transcendant avec une héroïne qui a tendance à nous agacer. À ceux qui veulent le lire je dis  » Pourquoi pas ! mais ne vous attendez pas à une lecture dont vous vous souviendrez une fois le livre terminé »

    • Sandrine Brugot Maillard Auteur de l’article

      Je cherche moi aussi des one shot à conseiller à ceux qui souhaitent s’initier en douceur à la fantasy. J’aimerais bien sûr plutôt leur conseiller Robin Hobb, mais il s’agit de lecture au long cours… Donc pourquoi pas ce titre de Naomi Novik…

  • lutin82

    Je l’ai dans ma PAL, et même s’il n’est pas parfait, tu me donnes envie de le sortir de là. Le folklore slave ne m’est pas familier (à l’image des américains 😉 ) , cela promet une lecture bien rafarîchissante.