L’Arche de Darwin – James Morrow


L'Arche de DarwinAu moment de trouver un adjectif pour décrire ma vaste lecture de L’Arche de Darwin de James Morrow, le premier qui me vient est « fourmillant ». Fourmillant d’aventures parfois rocambolesques, de personnages épatants, de lieux étonnants et enfin d’érudition, une érudition stimulante et réjouissante qui n’alourdit jamais le propos. Et aussi, c’est un brin moqueur et irrévérencieux, comme toujours quand James Morrow s’en prend à Dieu himself…

Chloe Barthust aime son métier d’actrice mais voilà, elle ne trouve pas de rôles. Il faut bien manger pourtant, payer son loyer, alors elle cherche un poste de gouvernante (même si son goût pour les enfants est tout à fait relatif). Et dans cette recherche aussi, elle échoue. A bout de nerfs, elle s’effondre en pleurs quand pour la énième fois, une mère de famille lui refuse le poste, octroyé à une rivale quelques minutes plus tôt. La dame en question s’appelle Mrs Darwin. En plus de lui faire de nombreux enfants, son mari élève de drôles d’animaux dans le jardin et cherche justement une gardienne pour son zoo. Ce sera Chloe.

Dans ce zoo atypique il y a des tortues géantes, des iguanes exotiques et quantités d’oiseaux rares dont le moindre spécimen n’est pas le propriétaire lui-même. Ce Mr Darwin et ses amis ont des idées qui étonnent Chloe, puis l’intéressent au point qu’elle vole un manuscrit du maître et le recopie nuitamment avant de le remettre en place. Prise sur le fait, elle est renvoyée. Et à nouveau sans emploi. Il va falloir pourtant qu’elle trouve de l’argent, et pas qu’un peu pour faire sortir son cher père de l’hospice : deux mille livres.

C’est alors que la grande machine à conter se met en marche, mêlant science et roman d’aventure. Chloe décide de participer au Grand concours de Dieu organisé par la Percy Bysshe Shelley Society. C’est simple : le premier (ou la première) qui démontrera irréfutablement l’existence ou la non-existence de Dieu empochera dix mille livres. Avec la première mouture de la théorie de l’évolution en poche, Chloe est certaine d’avoir une longueur d’avance. Elle persuade l’aimable société de financer son voyage vers les Galapagos d’où elle ramènera des spécimens prouvant l’adaptation animale et donc l’évolution, sans la moindre aide de Dieu.  L’Albion Transmutationist Club est né. Mais voilà que la Mayfair Diluvian League se met en marche pour aller récupérer l’arche de Noé sur le mont Ararat ! Pas question qu’il rapporte leur preuve avant Chloe !

Elle s’embarque traditionnellement à bord d’un bateau, mais il va faire naufrage et le voyage se compliquera. Elle ne voyage pas seule et ses compagnons sont de ceux qu’on peut dire hauts en couleurs. Elle atteindra bien sûr les Galapagos qui ne sont malheureusement pas peuplées que d’animaux exotiques, mais abritent aussi un despote polygame adepte de Joseph Smith. Entre temps, Chloe sera tombée malade, aura eu une révélation divine, un peu comme Paul sur le chemin de Damas…

Et Dieu dans tout ça ? Il va mal, bien mal mais pas encore assez puisque malgré le succès qu’on connaît à la théorie de Darwin, il est toujours là. James Morrow fait pourtant ce qu’il peut, et brillamment pour déboulonner sa statue. Et c’est un grand plaisir car Morrow a l’érudition pétillante et ironique. Ses personnages sont spirituels et son sens des dialogues les sert à merveille. La palme revient bien sûr à Chloe, forte femme, volontaire et pleine de ressources, libre et intelligente. Elle n’est pas sans rappeler la Jennet Stearne du Dernier chasseur de sorcières qui elle cherche à démontrer l’inexistence des démons.

Toujours des héroïnes fortes, toujours les prémices de l’âge scientifique moderne et toujours cette religion qui avec l’aide de ses sbires étouffe le monde. Et qui nous fait rire sous la plume sarcastique de Morrow. Les  démonstrations des divers prétendants aux dix mille livres de la Percy Bysshe Shelley Society sont par exemple extrêmement drôles : les arguments avec lesquels certains tentent de prouver irréfutablement l’existence de Dieu sont à mourir de rire… et certainement authentiques.

Ce Morrow-là, c’est Jules Verne sans les interminables descriptions, même s’il sait aussi faire ça le sarcastique Américain. Ses aventuriers affrontent les pires dangers sur un rythme trépidant, se sortent de tout (enfin, pas tous…), montent des plans rocambolesques. On les voit, on les imagine, on est à leurs côtés, limite si on ne sent pas le guano…

James Morrow sur Mes Imaginaires

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L’Arche de Darwin (Galapagos Regained, 2014) de James Morrow traduit de l’anglais (américain) par Sara Doke, Au Diable Vauvert, juin 2017, 588 pages, 23€

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