Où s’imposent les silences – Emmanuel Quentin


Où s'imposent les silencesVoyez ce qui risque de vous arriver : vous découvrez Emmanuel Quentin en janvier avec son premier roman, et six mois plus tard, vous lisez le second. C’est certainement bon signe, en tout cas, je suis heureuse de le suivre, contente qu’il reçoive mes remarques sans tomber en syncope d’un piédestal sur lequel il n’est pas juché, et qu’il ne me conseille pas lui aussi d’arrêter immédiatement la lecture. Prêt Emmanuel ? C’est parti !

Où s’imposent les silences se construit autour de trois fils narratifs. Matthias, étudiant glandeur, va se bouger les fesses en découvrant dans des livres d’art certaines reproductions : sa mère et son oncle représentés sur des tableaux datant de la Renaissance, ça interpelle… Ce qui interpelle l’inspecteur Jovic, c’est un cadavre très étrangement irradié dans une chambre d’hôtel. Sans qu’il comprenne pourquoi, on lui confie l’enquête alors qu’il végétait dans un placard depuis des mois. Et pour que notre trouble soit encore plus grand, apparaît en italique l’histoire d’une certaine Magda qui se trouve « dans la brèche ».

Pendant plus de cent pages ces trois histoires n’ont rien à voir entre elles. Il faut donc au lecteur de la patience et à l’auteur un certain talent pour que celui-là ne balance pas le livre par la fenêtre faute de rapidement faire le lien. Emmanuel Quentin sait entretenir l’intérêt du lecteur grâce au rythme soutenu des événements ainsi qu’à leur étrangeté. Par exemple, la société française dont il est ici question en 2036 a été victime d’une pandémie très meurtrière de grippe qui a éradiqué la moitié de la population ; Serge passe au poignet de Matthias un bracelet qui le fait basculer dans un autre monde ou… ou un autre temps ou… un autre espace, allez savoir…

Tout ça se complexifie un brin tant dans l’intrigue que dans le fond. Il est question de pouvoir, d’autorité, de dictature et même d’eugénisme. Et donc de liberté et de libre-arbitre. D’héroïsme aussi, de domination masculine et de recherche scientifique. Bref, encore une fois, l’imagination et les champs de réflexion d’Emmanuel Quentin embrassent large.

J’avoue m’être parfois égarée entre certains mondes parallèles. Sans doute un défaut d’attention dû aux changements de noms des personnages et à une intrigue beaucoup basée sur l’action. Je m’intéresse toujours plus aux personnages, à leurs motivations et leur évolution. J’aurais mieux voulu connaître Mélio, Magda, Serge. Par exemple, le récit de Dimitri est tout à fait passionnant car il permet de comprendre celui qu’il est devenu. Mais qu’en est-il de Melio, autre personnage-clé ? Et comment la République de Falmur s’est-elle constituée ?

Cette curiosité pas tout à fait assouvie prouve l’intérêt de ces personnages qu’on veut mieux connaître et d’un contexte au fort potentiel. Enfin plutôt des contextes puisque décidément, Emmanuel Quentin ne saurait se contenter d’un seul monde et d’un seul univers. S’il n’était bibliothécaire, il serait certainement devenu aventurier !

Emmanuel Quentin sur Mes Imaginaires

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Où s’imposent les silences, Emmanuel Quentin, Le Peuple de Mü, avril 2017, 248 pages, 18€

 

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