La reine en jaune – Anders Fager


la reine en jauneOn a déjà eu l’occasion de goûter l’horreur selon Fager il y a quelques années avec Les Furies de Boras. Depuis, le Suédois n’est pas devenu enfant de choeur : La reine en jaune est aussi sexe et aussi trash, peut-être plus.

La première nouvelle, « Le chef d’oeuvre de Mademoiselle Witt » est provocante au carré : pour mieux choquer, elle met en scène une protagoniste qui veut choquer. Le corps de My Witt est l’outil principal de ses mises en scènes pornographiques. Du hardcore qu’elle photographie puis expose. Les gens se bousculent à ses expositions, achètent ses clichés. Mademoiselle Witt veut qu’on parle d’elle, elle a besoin d’être la cible des médias et pour ça, elle est prête à tout subir, y compris les pires humiliations. Elle est très tendance mademoiselle Witt, se croit libre, manipulatrice et perverse mais est surtout victime des médias, prisonnière d’une image. Elle m’a fait pitié. Dommage que la fin de la nouvelle soit moins grandiose qu’attendue : le chef d’oeuvre n’est pas aussi original que prévu…

Les protagonistes de « Quand la mort vint à Bodskär » m’ont également fait pitié : des militaires d’élite débarquent sur une île isolée pour tuer du Russe. Ils croit dominer la situation qui part en sucette. A eux aussi, on a menti et le lecteur le comprend bie navant les protagonistes.

Il est aussi question dans ce recueil de personnes âgées dans une maison de retraite qui ressemble à un mouroir et d’aliénés drogués, humiliés et même violentés dans un hôpital psychiatrique. Clairement la Suède des marges, des « inutiles » traités comme des rebuts. La dernière nouvelle, « Le voyage de grand-mère » peut être lue comme une revanche de ces laissés-pour-compte.

Ce que j’ai particulièrement apprécié dans La reine en jaune, c’est l’habileté de Fager pour susciter la curiosité en installant le malaise. Il est doué pour exciter l’intérêt du lecteur qui veut savoir ce qu’on lui cache mais plus il en découvre, plus c’est horrible. En ce sens, la dernière nouvelle est une réussite : deux types traversent l’Europe pour aller chercher grand-mère qui doit faire un voyage. Ça ressemble à une histoire de vacances avec mémé au départ, mais petit à petit, on s’interroge sur l’identité puis sur la nature des deux convoyeurs… Idem pour ce que les militaires vont trouver sur l’île.

Fager entretient l’espérance de l’abject avec maîtrise : le lecteur a hâte d’arriver à l’innommable, il veut lever le voile, le déchirer même alors que Fager pratique le dévoilement très progressif du monstrueusement désirable. Que c’est malsain tout ça et qu’il est heureux qu’on puisse le lire !

Anders Fager sur Mes Imaginaires

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La reine en jaune et autres contes horrifiques (Samlade svenska kulter, 2011), Anders Fager traduit du suédois par Carine Bruy, Mirobole, janvier 2017, 315 pages, 22€

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