La mort du temps – Aurélie Wellenstein


La mort du tempsLa mort du temps, troisième roman d’Aurélie Wellenstein commence en fanfare. Callista se réveille dans un hôpital étrange, son père à son chevet. Il n’a pas l’air bien, lui demande pardon, cherche à fuir. Elle ne comprend rien. Il meurt et tout empire pour la jeune fille. C’est comme si le monde avait enclenché une course folle pendant son sommeil, sortant des rails, vers la folie.

Paris, son Paris quotidien disparaît sous ses yeux. Tout se désintègre, explose, part en fumée ou en cendres. Le pire : des monstres nés du chaos, improbables chimères. Callista peut-elle faire confiance à un homme cheval en provenance du Moyen Age ? Version ratée ou cauchemardesque d’un centaure, Roland semble pourtant bienveillant à son égard, prêt à la protéger.

Et de fait il l’aide à fuir, à courir loin du flash qui sans cesse les talonne détruisant tout dans son sillage. Callista marche vers l’est, souhaitant retrouver sa meilleure amie Emma, paralysée depuis l’accident de voiture qui valut son coma à Callista.

On a pu déjà côtoyer quelques bizarreries dans les précédents romans d’Aurélie Wellenstein. J’ai particulièrement apprécié les bestioles croisées dans Les loups chantants (notamment la jambe fusionnée dans un bras…). Dans La mort du temps, elle donne totalement libre cours à son imagination monstrueuse et nous imagine des créatures effrayantes à souhait. Mélanges d’êtres vivants divers ou d’humains et d’objets, les corps fusionnent et mutent dans ce cauchemar tératologique toujours plus inquiétant.

Elle hésita un instant puis se rapprocha de lui. Il fallait qu’elle affronte sa répulsion, qu’elle le détaille afin de s’habituer à son physique disgracieux. Avec calme, elle observa son visage allongé . C’était une vraie tête de cheval dans laquelle s’était enfoncé un visage humain. L’oeil gauche était celui d’un homme, étiré et enflé, l’autre était chevalin. Ses naseaux palpitaient au bout de son mufle, ainsi qu’un véritable nez. Au niveau de la croupe, elle repéra un détail qu’elle n’avait pas encore remarqué et dut réprimer un hoquet : la jambe de l’humain, cassée et inutile, pendouillait là comme un appendice. Elle respira profondément plusieurs fois pour se calmer.

Un jour, celui qui voudra écrire une thèse sur le monstrueux dans l’oeuvre d’Aurélie Wellenstein aura de quoi faire…

Mais les freaks ne sont pas les seules aberrations de ce monde devenu fou.

Elle ralentit, le menton levé. Le chuintement provenait du ciel, semblable au vent qui souffle dans les voiles d’un navire, un son ample et flottant. D’abord, elle ne vit rien, et elle s’apprêtait même à replonger le nez quand la pointe de l’engin surgit au-dessus des arbres. Ses lèvres s’entrouvrirent ; un gémissement enroué lui échappa. […]
Le dirigeable se rapprochait, masquant de plus en plus le ciel, les recouvrant tous les deux de son ombre. Callista se figea, les bras en l’air. Une imposante croix gammée rouge et noire ornait le gouvernail du zeppelin.

Tout ça sur un mode survitaminé, alimenté par l’urgence de fuir. Pas d’angélisme, peu d’espoir, beaucoup de violence et de rudes épisodes. L’univers très sombre d’Aurélie Wellenstein se teinte parfois de réflexions bienvenues sur l’amitié, le sens du sacrifice, le désir. La fuite de Callista, son envie de retrouver son amie prennent bientôt un tour beaucoup plus profond et la jeune fille se trouve investie d’une mission quasi christique (je ne peux malheureusement en dire plus sous peine de dévoiler ce qui s’explique aux alentours de la page 200). Et pas d’amourette à l’horizon, ce qui nous change de la soupe habituelle.

Aurélie Wellenstein sur Mes Imaginaires

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La mort du temps, Aurélie Wellenstein, Scrinéo, mai 2017, 284 pages, 16,90€

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