Pornarina – Raphaël Eymery


pornarinaAprès lecture de Pornarina, je n’oserais pas dire qu’une bouffée d’air frais souffle sur l’imaginaire français, non. L’air serait ici plutôt vicié et nauséabond. Pourtant, quel plaisir de découvrir Raphaël Eymery ! Si vous aimez les tueurs en série et les délinquants sexuels, si vous développez des fantasmes inavouables envers quelque monstre fait femme alors ce roman vous réjouira. Car ce gothique morbide qui charrie de sombres univers rappelle certains grands et les sublime, pour mieux les réinventer.

Pornarina, c’est bizarre dès le début, avec un Sherlock Holmes de cent cinquante-deux ans vraiment malsain. Puis c’est le tout aussi rassis Franz Blažek, teratologue de son état. Né de deux soeurs siamoises, ou au moins d’une des deux, c’est un pornarinologue éminent. Comme bien d’autres, il cherche Pornarina, tueuse en série qui tue ses victimes en les émasculant. Surnommée la-prostituée-à-tête-de-cheval, elle nourrit les fantasmes de quelques cinglés qui rêvent de lui mettre la main dessus et de venger le genre masculin… enfin pas que…

Blažek a adopté une jeune fille, Antonie, contorsionniste professionnelle devenue femme ninja. Un monstre comme les aime le bon docteur. Il l’envoie à Florence sur les traces de son mystérieux correspondant qui espionne un certain Fell, pornarinologue lui aussi. Ce dernier prétend détenir Pornariana mais Blažek n’y croit pas. Malheureusement pour Fell, la rencontre avec Antonie se passe mal, puisqu’elle inaugure avec lui sa carrière de tueuse en série. Sa spécialité : la décapitation.

Quand la lame pénétra l’épiderme et la chair, qu’elle sectionna tout à fait trapèze, splènius, pharynx, le reste des muscles du cou et les nerfs, les veines, les artères, les glandes, qu’elle trancha l’œsophage et la trachée, qu’elle rompit les os dans des grands craquements de mort, qu’elle décola enfin la tête du corps, quand la lame s’enfonça seulement dans le sol humide et rouge désormais, quand elle eut accompli toutes ces tâches, Antonia s’écarta du décolé comme d’une barrique d’acide fluorhydrique. Elle aurait pu s’y dissoudre tout entière.

Je pense qu’à ce stade de cette chronique, j’ai déjà perdu pas mal de lecteurs. Pour ceux qui restent, je citerai les noms de quelques autres pornarinologues : Di Rollo, Des Esseintes, L’Isle-Adam, Ligotti, Lecter, Piccirilli. Vous avez bien fait de rester : nous voilà entre amateurs. Comme le suggère Raphaël Eymery à travers cette liste (non exhaustive ici), son univers ne surgit pas ex nihilo mais s’abreuve aux meilleures sources de l’étrange et du pervers. Le jeune auteur s’intéresse à l’évidence à la monstruosité et aux déviances sexuelles. Ses personnages se meuvent à la frontière de la souffrance et de la jouissance, se gavant de fantasmes et d’automutilations, de toute-puissance macabre et de soumission hallucinée.

Les décors sont à l’avenant :

Ils marchaient dans des corridors isolés comme deux comploteurs. Au bout d’un moment, l’espionne s’aperçut que l’un des deux était une femme, assez laide, habillée en homme. Ils descendirent un escalier sombre qui tournait et arrivèrent dans des cachots défraîchis : sol roux collant aux chaussures, murs de craie aux angles défoncés, grilles descellées. Etriquées jusqu’à la claustrophobie, des cellules gardaient au frais des squelettes enchaînés, ces grandes poupées d’ivoire au rire muet que chacun possède en un exemplaire au fond de lui.

La quatrième de couverture évoque la famille Adams, mais alors une famille Adams qui aurait oublié d’être drôle parce que franchement, on rit peu à la lecture de Pornarina. On se réjouit cependant de tant de sinistre inventivité, on aime à croiser William T. Volmann en journaliste. La fascination de Raphaël Eymery pour l’horreur et ses traces, pour la monstruosité incarnée fait oeuvre dans cette traque obsessionnelle du bizarre qu’est Pornarina. Elle n’est pas qu’accumulation de morbide : le dévoilement progressif des personnages et le crescendo narratif construisent une intrigue toujours plus sanglante, parfois déstabilisante tant ces pornarinologues dépassent l’entendement en créant ce qu’ils traquent pour enfin s’accomplir.

Charogne faite livre ou diamant sombre, nul doute que Pornarina poursuivra longtemps son lecteur de ses hennissements : l’effroyable enchantement des monstres est à l’œuvre…

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Pornarina. La-prostituée-à-tête-de-cheval, Raphaël Eymery, Denoël (Lunes d’encre), juin 2017, 197 pages, 19€

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