La mère des eaux – Rod Marty


La mère des eauxAprès un premier roman au suspens réussi, Les Enfants de Peakwood, Rod Marty nous revient toujours chez Scrinéo. La mère des eaux nous plonge à nouveau aux Etats-Unis pour partie à l’époque moderne, pour partie au XIXe siècle pour suivre la naissance d’une malédiction qui poursuit les protagonistes de génération en génération.

Le roman s’ouvre sur une scène difficile : Emily perd son bébé après quatre mois de grossesse. C’est sa troisième fausse couche et les médecins lui annoncent qu’elle ne pourra plus avoir d’enfants. Son mari Christopher la soutient mais se sent impuissant.

Bientôt, un notaire appelle pour informer Emily, orpheline de naissance, que sa mère naturelle est bien vivante et que sa grand-mère vient de mourir en lui laissant sa maison en Louisiane. Le couple quitte la Californie pour Lamarre où il est accueilli par une charmante communauté très soudée et isolée. Le huis clos dès lors commence.

Emily est assaillie de rêves étranges, mettant en scène une ancienne esclave. Il est question de mère, de bébé et d’accouchement, ce qui n’est pas si inquiétant (au départ) vu sa situation. Christopher, qu’on prenait au départ pour un personnage assez fade, se révèle également au lecteur. On apprend qu’il a été infidèle à sa femme et se trouve donc à la fois étonné et embarrassé quand il croise sa maîtresse à Lamarre.

Grâce à une narration alternée, le lecteur de La mère des eaux en sait plus qu’Emily et Christopher sur la fondation et l’histoire de la ville. Les deux protagonistes ne se rendent pas compte du danger qu’ils courent alors que le lecteur se méfie de plus en plus de tous les « sympathiques » habitants. Emily, tout à son obsession de maternité suit l’exact chemin que la malédiction familiale a tracé pour elle.

Rod Marty sait installer une tension qu’il maintient tout au long du roman ; l’angoisse va elle crescendo. Il ne tombe pas dans le piège de personnages trop sympathiques et bien à plaindre : le jeune couple l’est au départ mais il est loin d’être monolithique. L’égoïsme d’Emily est extrême et Christopher n’est pas le gentil mari dévoué qu’il affiche (mais bien un trou du cul d’adultère travaillé par le remords, pauvre chéri…). Mais les plus grandes surprises viennent des habitants de cette petite communauté fermée sur elle-même qui instrumentalisent le jeune couple.

Le folklore vaudou et le bayou sont des éléments propres à installer l’inquiétude. Ils jouent avec notre imaginaire et c’est naturellement qu’en jaillit le fantastique. Un fantastique lié à l’Histoire donc cohérent et qui flirte tout du long avec le fort ancrage réaliste installé par l’auteur dans le début du roman. D’où une tension qui ne lâche rien et qui réjouira l’amateur.

Rod Marty sur Mes Imaginaires

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La mère des eaux, Rod Marty, Scrinéo, mai 2017, 384 pages, 20€

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2 commentaires sur “La mère des eaux – Rod Marty