La fille aux cheveux rouges – Marie-Lorna Vaconsin


La fille aux cheveux rougesIl s’appelle Pythagore Luchon, et sa mère est bien entendu prof de math. Son père était chercheur et s’il l’est toujours, il est aussi plongé dans le coma depuis trois ans, suite à une agression pour lui voler son téléphone. Lycéen, il est plutôt solitaire et ami avec Louise qui en cette rentrée se montre assez distante. Serait-ce à cause de la nouvelle, la fille aux cheveux rouges qui semble accaparer Louise au point qu’elle manque des cours ? Mais qui est-elle cette fille à la fois attirante et énigmatique qui ose mettre une vraie paire de baffes à Maxence Vical-Daguerre ?

Pyth essaie de prendre cet éloignement avec philosophie mais il lui pèse. Jusqu’à ce que la nouvelle, tout à coup, lui demande son aide : Foresta a besoin de lui car Louise a disparu. Ensemble, elles sont allées dans son monde à elle, bien loin de Loiret-en-Retz et pourtant si proche. Il suffit d’un angle mort dans une fenêtre, un miroir… Mais là-bas Louise a plongé et est restée coincée. Pyth pourra peut-être l’aider puisqu’il partage la même physiologie qu’elle. Foresta elle, si elle semble humaine, a le sang bleu…

Et c’est parti pour un autre monde, parallèle au nôtre mais bien étrange, auquel Marie-Lorna Vaconsin donne vie avec beaucoup d’énergie. Ce premier tome démarre doucement, avec la vie un peu pépère de Pythagore, où l’on note cependant quelques détails qui retiennent l’attention, au premier rang desquels le coma paternel. Il est aussi question du lac d’Herbauges et de son plancton luminescent, du fameux Gilles de Rais (de Retz) et de Barbe bleue. Joyeux mélange tout à fait convaincant d’histoire médiévale, de conte et de folklore local : la cité antique d’Herbauges aurait été engloutie sur ordre divin et reposerait aujourd’hui sous les eaux du lac de Grandlieu…

Saisi par le rythme des aventures de Pythagore, charmé par l’intelligente utilisation des diverses sources d’inspiration, on voit à peine poindre une autre thématique qui prend peu à peu de l’importance : la physique quantique. Cette dernière est liée au père du jeune garçon qui travaillait au fameux projet Starpoint qui donne son nom à la série. On n’en sait pas grand-chose à l’issue de ce premier tome mais on en saisit un peu mieux les enjeux.

C’est d’ailleurs un des points positifs de cette narration qui travaille sur le dévoilement progressif : un élément après l’autre, les enjeux se mettent en place et complexifient l’intrigue. Le monde parallèle d’où vient Foresta n’est pour l’instant qu’esquissé. Dominé par des géographes explorateurs, dont certains très cruels, il pique la curiosité du lecteur même si sa complexité n’est pas facile à visualiser (paradoxalement, pas de carte pour mieux le cerner). L’écriture de Marie-Lorna Vaconsin n’est pas très visuelle et on a par exemple du mal à imaginer les déplacements des protagonistes et la bataille finale.

La traditionnelle bluette adolescente m’a laissée de marbre, mais je crois beaucoup au potentiel de Thibault-Tanneguy de Montmonrency-Laval, le punk à chien, et croquerais volontiers dans une orange, une orange bleue !

Autre point appréciable dans ce roman : les personnages fument beaucoup. Je ne me réjouis pas du tabagisme adolescent, loin de là. Par contre, il est clair qu’aujourd’hui, choisir de mettre en scène des adolescents qui fument dans un roman young adults est carrément provocant. Alors que la littérature se formate, il n’est pas bon que les héros fument, pas bon qu’ils soient homophobes ou racistes : ne pas dire du mal des communautés, faire du sport et manger sain. Il existe aujourd’hui aux Etats-Unis des lecteurs pour retrancher des romans tous ces faux pas qui font tache. On lira à ce propros l’article de Slate, tout à fait effrayant. Merci à Marie-Lorna Vaconsin et à son éditeur de ne pas participer à cette aseptisation de la littérature jeunesse.

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Le projet Starpoint – 1 : la fille aux cheveux rouges, Marie-Lorna Vaconsin, Anne Carrière (La Belle colère), mars 2017, 373 pages, 19€

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6 commentaires sur “La fille aux cheveux rouges – Marie-Lorna Vaconsin

  • Gaëlle

    Je suis assez d’accord avec ton analyse. L’univers de ce roman est suffisamment bien construit et original, se distingue des autres romans parus récemment. La couverture est superbe mais si elle attire l’attention (très graphique) elle le dessert aussi (les lecteurs ont du mal à savoir à qui elle s’adresse et de quel « genre » de livre il s’agit).

    • Sandrine Brugot Maillard Auteur de l’article

      Sur le site des éditions « La Belle colère », la ligne éditoriale est ainsi décrite :  » Des livres qui s’adressent aux adultes et se tendent, une fois refermés, aux plus jeunes ». On comprend l’idée (pas de barrière d’âges), mais peut-être que du coup, ça brouille la réception, trop habitués que nous sommes à des livres plus catégorisés…

      • Gaelle

        En effet, la réception est un peu brouillé. L’écriture est travaillé pour s’adresser à des adultes mais les personnages et l’intrigue s’adresse plus à des jeunes je trouve. Ça n’en reste pas moins un roman qui se distingue du lot des dernières parutions. À nous de faire notre travail de conseil pour le faire connaître

  • lutin82

    A les bluettes d’adolescents, c’est leur péché mignon. Et moi aussi cela me laisse de marbre. C’est un des raisons de la rareté de mes lectures en YA et surtout jeunesse.

    La couverture est tout à fait réussi avec son effet Art Nouveau. Malgré tout je crains que ce soit sans moi.

    • Sandrine Brugot Maillard Auteur de l’article

      Il y a de quoi : la littérature jeunesse est très formatée, à de rares exceptions près et ça devient insipide…