Soul Breakers – Christophe Lambert


Soul Breakers1936 : les Gentliz sont en route pour la Californie, car il paraît qu’il y a du travail là-bas. Après avoir perdu sa femme, sa maison et ses terres, John n’a pas d’autre espoir. Avec Teddy, quinze ans et Amy, sept ans, il suit le flot des migrants et des sans-abris, économisant sou par sou. Il n’y en a même pas un pour entrer au cirque qui fait tant envie à Amy. Mais ces forains sont généreux et Amy entre quand même accompagnée de son frère pour assister au spectacle de marionnettes.

C’est ensuite que tout se complique car Amy reste plongée dans une sorte de coma conscient, comme un légume. Teddy est certain que son état est dû aux forains dont il a senti l’aura maléfique. Et il n’a pas tort, le lecteur le sait puisqu’il suit aussi la bande de Sirius Huntington, l’homme en noir qui capture les âmes des enfants au cours de son spectacle. Mais pas n’importe quels enfants : ceux qui font montre de certains pouvoirs extraordinaires. Amy par exemple est capable de déclencher une tempête autour d’elle quand elle est en colère.

Teddy décide de prendre la route pour retrouver ces forains et leur arracher l’âme de sa soeur. Il croisera d’autres familles dont un enfant un peu spécial est plongé dans le coma suite au passage du cirque.

Soul Breakers prend alors la forme d’un road book à travers les Etats-Unis durant la Grande Dépression. Teddy est guidé par des visions nocturnes, bientôt contrées par la troupe qui le trompe et l’éloigne. Il lui faut travailler pour survivre et il va donc faire divers petits boulots : travailler dans une mine ou dans un abattoir par exemple. Toujours, des alliés de l’homme en noir cherchent à l’éliminer. Teddy devient meurtrier malgré lui et doit fuir.

Heureusement, il peut compter sur l’amitié de Duca Moreno, baratineur et séducteur, soi-disant écrivain qui prend des notes pour un futur livre. La route des deux amis croise celle du « Club des coeurs solitaires », un groupe de cinq femmes d’âges divers qui elles aussi parcourent le pays. Un groupe original qui laisse entrevoir, quoi que rapidement, ce que pouvait être la condition des femmes dans ces Etats-Unis de la crise.

Car Soul Beakers n’est pas qu’un roman d’aventure, c’est aussi un roman social dans l’univers rude des laissés-pour-compte du rêve américain durant l’entre-deux-guerres. La vie des mineurs et des ouvriers, celle des hobos, les malades dans les hôpitaux psychiatriques, les rednecks, les prédicateurs illuminés et bien sûr les profiteurs, tous composent un tableau vivant de l’époque. Mus par l’amitié, la vengeance, l’amour, la peur, ils se jettent dans la vie et l’aventure version cinémascope. Christophe Lambert varie les rythmes, souvent échevelés mais parfois plus calmes, il ne ménage pas ses personnages qui peuvent payer très cher leurs convictions.

De nombreux romans comme Les raisins de la colère ou La Jungle d’Upton Sinclair que le jeune lecteur n’aura certainement pas lus viennent agréablement à l’esprit des amateurs de littérature américaine. On n’a guère de mal de même à visualiser les paysages, qu’ils soient désertiques ou urbains grâce à de nombreux films qui évoquent cette époque.

La touche fantastique est assez étrange et on se demande longtemps ce que mijotent Sirius et ses acolytes : que cherchent-ils en s’arrogeant tous ces super pouvoirs ? L’explication finale est assez tordue mais pourquoi pas : les Etats-Unis sont pays de démesure, on peut tout imaginer.

Si Soul Breakers est idéologiquement moins fort que d’autres précédents romans de Christophe Lambert, il est cependant comme toujours très agréable à lire et d’une ampleur à la hauteur du pays.

Christophe Lambert sur Mes Imaginaires et Tête de lecture

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Soul Breakers, Christophe Lambert, Bayard, janvier 2017, 587 pages, 16,90€

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heimska
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