La mort est une araignée patiente – Henry S. Whitehead


la mort est une araignée patienteA l’instar des éditions de L’Arbre vengeur, L’Eveilleur publie des auteurs oubliés. Il n’est donc pas étonnant que la collection « L’Eveilleur étrange », dirigée par David Vincent (tiens, L’Arbre vengeur…) s’intéresse à quelques méconnus de la littérature fantastique. Tel ce Henry S. Whitehead (1882-1932) que l’on découvre paré d’une rutilante biographie puisqu’on le dit plus ou moins ami de Lovecraft. En tout cas, ils ont correspondu et publié dans la mythique revue Weird Tales : ça en jette côté renommée, même s’ils n’ont pas partagé la même gloire posthume.

Ce Whitehead a commencé à publier en 1905, avant de se faire pasteur de l’Eglise anglicane et d’être affecté dans les îles Vierges, alors sous protectorat américain. Le voilà donc dans les Caraïbes et très à l’écoute de la population et des mœurs locales, pour le moins étranges. Pas sectaire le père Whitehead puisqu’il rend compte des croyances caribéennes dans ces quelques nouvelles, premiers aperçus de sa vaste production. Soulignons qu’elles sont traduites par le défunt Gérard Coisne qui apporte en notes bien des lumières sur certains termes et pratiques.

Le vaudou tient une bonne place dans ces textes, comme les jumbees et autres apparitions post-mortem. Pour l’américain moyen, le vaudou est à l’image de ces populations ignorantes et païennes que l’homme blanc doit civiliser. On se souvient par exemple du film des frères Halperin, White Zombie qui montrait l’emprise néfaste de ces pratiques sur les populations. Whitehead est beaucoup plus empathique, son personnage récurrent de Canevin se montre à l’écoute de la population, même si au final bien sûr, le goupillon a toujours raison.

Un bon coup de goupillon par exemple pour exorciser Gannett House dans les murs de laquelle un taureau apparaît parfois. C’est aussi à un médecin, le docteur Pelletier, que le narrateur de La mort est une araignée patiente fait parfois appel. Les esprits malins ont en effet la fâcheuse habitude de s’incruster dans les chairs, d’où de nécessaires incisions qui peuvent s’avérer terrifiantes.

Certaines victimes reviennent hanter leurs bourreaux via leurs membres suppliciés. Ainsi le Noir Tancrède qui a eu les mains tranchées revient-il sous la forme d’une araignée… à dix pattes si on en croit aussi la couverture du recueil… Julietta elle a fait envouter le Blanc qui l’a repoussée par sa mère : il souffre mille maux dans « Passion sous les tropiques », titre dont on aurait pu craindre le pire…

Amateurs de fantastique, faites donc un détour par les Caraïbes et découvrez un auteur aussi élégant qu’effrayant ainsi qu’une collection originale et très soignée. Le texte est enrichi de nombreuses photos prises entre 1905 et 1925, très bien reproduites : elles nous plongent, à l’instar des nouvelles de Henry S. Whitehead, dans le contraste d’une société noire et blanche très hiérarchisée et comme plongée dans le formol pour ce qui est des Blancs.

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La mort est une araignée patiente (nouvelles extraites de Jumbee and Other Uncanny Tales, 1944) de Henry S. Whitehead traduit de l’anglais par Gérard Coisne, L’Eveilleur (L’Eveilleur étrange), février 2017, 242 pages, 20€

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2 commentaires sur “La mort est une araignée patiente – Henry S. Whitehead