La montagne morte de la vie – Michel Bernanos


La montagne morte de la vieTout commence par un hypothétique voyage pour lequel le narrateur ne se souvient pas d’avoir signé. Comme tout être humain qui ne demande pas à vivre, le voilà embarqué pour le grand voyage. Pour le Pérou ! Promesses de richesses. Mais tout commence fort mal puisqu’il manque mourir par la cruauté des autres marins : ils ne sont pas là pour lui rendre la vie facile, et il ne la doit qu’au vieux Toine, celui qui le prend sous son aile et le protège. Figure paternelle.

Littérairement, on pense à tous ces récits de marins embarqués pour l’ailleurs meilleur et dont le voyage tourne au cauchemar depuis Les Aventures d’Arthur Gordon Pym et ses suites que sont Le Sphinx des glaces et Les Montagnes hallucinées.

Cette traversée et le naufrage, qui occupent la première partie de La Montagne morte de la vie, ne se révèlent être qu’une lente agonie pour la plupart des marins. Car bientôt le vent cesse de souffler et la famine s’installe. Avec elle la cruauté et la folie. Puisque Toine et le narrateur ne succombent pas, ce sera donc la tempête qui emporte les plus résistants et disloque le navire. Les deux survivants tombent « dans l’âme du cyclone« .

S’ouvre alors à eux un monde halluciné où ce qui est vivant donne la mort et ce qui est inanimé semble à l’image de la vie. Les deux hommes n’ont de cesse de trouver à boire et à manger, ils luttent contre une nature pour le moins inhabituelle, hostile et effrayante. Mais ils veulent vivre encore. Et encore grimper la montagne, traverser la forêt, franchir les cols. Tout ça pour vivre, parce que peut-être, derrière se trouve quelque promesse.

Telle est l’illusion : un jour de vie encore car ce jour apportera ce que tous les précédents n’ont pu apporter. Même quand le monde n’a plus de sens et la vie plus de finalité, l’homme s’accroche à la vie. Les personnages de ce Bernanos-là n’ont nul ciel vers lequel se tourner, ils se soutiennent l’un l’autre et vivent chaque instant tendus vers le prochain parce qu’il n’y a plus rien ensuite.

A l’évidence, Michel Bernanos est un visuel au sens où il voit des images qu’il donne ensuite à voir à ses lecteurs : marins anthropophages, formidables fleurs carnivores, étonnantes lianes suceuses de sang, bouches carnassières cachées au fond des cascades. L’angoisse de la dévoration est omniprésente et donne lieu à des fantasmes qui mériteraient illustrations. Les falaises, le rouge et l’engloutissement (par l’eau ou le végétal) se conjuguent pour créer une oppression tangible, accentuée par le désespoir.

Michel Bernanos écrit ce texte en 1963 et se suicide l’année suivante. Il fait partie d’un ensemble romanesque d’inspiration fantastique, plusieurs fois réédité. En cette année 2017, c’est L’Arbre vengeur (l’éditeur du mois de janvier 2017) qui en propose une nouvelle éditions suivie d’une nouvelle : « Ils ont déchiré Son image ». On retrouve dans cette dernière la végétation hostile (notamment les fleurs carnivores et les lianes mouvantes), les parois à franchir, le rouge, le carnage et la mort.

.

La montagne morte de la vie, suivi de Ils ont déchiré Son image, Michel Bernanos, L’Arbre vengeur, janvier 2017, 219 pages, 17€

.
.

Pour recevoir un mail à chaque nouvel article publié :

.

On a coutume de lire des livres graves sur la Shoah et l'antisémitisme. Il y a en effet sujets plus comiques. Cependant, on a pu lire de drôles de romans sur la mémoire du génocide juif, comme Mon Holocauste de Tova Reich ou L'Espoir, cette tragédie de Shalom Auslander pour…
Encore le premier tome d’une trilogie young adults, Scorpi, le format est incontournable. Pour être addictive il faut une intrigue prenante et des personnages originaux. Dans Ceux qui marchent dans les ombres, pas vraiment d’intrigue mais une héroïne qui sort de l'ordinaire. De fait, j’en ai rarement vu d’aussi gourde.…

Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

4 commentaires sur “La montagne morte de la vie – Michel Bernanos