Le mur de Planck – Christophe Carpentier


Le mur de PlanckIl y a des livres dont le titre vous donne envie de partir en courant. Ainsi Défaite des maîtres et possesseurs, le livre de l’année 2016, et Le Mur de Planck, que je n’aurais pas ouvert sans de précieux avis. Et une fois ouvert, croyez-moi, vous êtes cuit. Parce que quand même, l’histoire de Marvin Taylor qui s’introduit à un barbecue d’obèses pour zigouiller tous ces gros lards, on n’avait jamais lu ça…

Un premier chapitre mémorable, dans le style roman noir déjanté, qui ne déparerait pas chez Super 8 Editions. Puis le massacre finit sur un mystère, puisque « le pauvre » Marvin Taylor est retrouvé hébété, arme en main : il ne sait plus qui il est, comment il s’appelle, il ne sait d’ailleurs même plus parler. Pour Tilda et Travis, agents du FBI dépêchés sur place, cette histoire se joue sur du velours, l’assassin se trouvant encore sur les lieux des crimes. Oui mais voilà : grâce aux lunettes d’enregistrement de Taylor, ils voient ce qui s’est passé et comprennent que des forces inhabituelles sont entrées en jeu.

En effet, les Particules Baryoniques sont à l’origine de l’hébétude de Taylor, qui n’est que l’un des premiers d’une très longue liste d’hébétés, ces Particules, atomes conscients et moralisateurs, ayant décidé d’assainir l’humanité. En un instant, le 4 avril 2016, elles envoient les assassins, violeurs, corrupteurs et autres profiteurs sucrer les fraises. Plus un génie du Mal ne sait comment il s’appelle. Bon, on ne va pas les plaindre.

Mais quand même…

Oui, mais quand même. Et tout le génie de Christophe Carpentier est dans cette petite réflexion, qui en entraine une autre, puis une autre. Se débarrasser du Mal sur Terre, dans l’absolu, qui pourrait y redire ? Mais y être contraint par une force extérieure ? Qui frappe même celle qui se venge d’une vie de sévices ? Puis ceux qui pensent à mal ? Oui, ça se complique nettement, d’autant plus que personne n’y peut rien : sitôt que vous levez la main dans l’intention de frapper, vous voilà réduit à l’état de légume…

D’ailleurs, des légumes, il y en a plein les rues, qui déambulent. Certaines familles, très peu, choisissent de garder leurs hébétés à demeure, mais d’autres les jettent à la rue ces salauds, bon débarras ! Qui irait recueillir un Poutine, un Bachar el-Assad ou encore un Jeff Bezos ? Pour lui, c’est moins évident, mais Tilda et Travis, désœuvrés en tant qu’agents du FBI depuis qu’il n’y a plus de crimes, enquêtent sur les conditions de travail chez Amazon et ne tardent par à comprendre le sort tout à fait justifié de son PDG qui « pratique un ultralibéralisme cupide, cruel et aliénant« . Bien fait pour lui…

Mais ces soudaines transformations bouleversent la société au sein même des familles : un beau jour, le père, le mari, la grand-mère qu’on croyait exemplaires sont frappés d’hébétude : ils ont donc commis un ou des actes répréhensibles jusqu’alors restés cachés. La suspicion rôde : couple, famille, associations volent en éclats.

Le Mur de Planck, par les situations qu’il explore, se révèle passionnant de bout en bout. Christophe Carpentier explore des registres romanesques variés (thriller, science-fiction, conte, romance…) qui dynamisent la narration et use d’une ironie intelligente. Sous couvert d’une intrigue qui en elle-même tient la route, le lecteur s’interroge sur ce qu’il lit et sur ce qu’il va lire à la page suivante : quelles sont les implications de la situation de départ, les conséquences impensées du Bien pour tous. L’ennui d’abord, pour le moins, puis la cauchemardesque nécessité de faire le Bien, d’être un chic type, d’aimer et d’aider son prochain sous peine d’être frappé d’hébétude : la dictature des Bisounours au moins aussi effrayante que n’importe quel totalitarisme du XXe siècle. Et de conclure (pour faire court) que le Mal est nécessaire à l’épanouissement de l’être humain.

Plongez donc dans la diversité, l’originalité et la profondeur de ce roman passionnant. Le Mur de Planck se révèle être bien plus philosophique que scientifique et surtout parfois d’un grotesque salutaire pour désamorcer le tragique de notre condition. Il embrasse le destin de l’humanité dans une optique non pas résolument sombre (il existe quelques Cœurs Purs) mais bien paranoïaque, cauchemardesque et cosmique.

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Le mur de Planck, Christophe Carpentier, P.O.L., janvier 2016, 574 pages, 22,90€

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