Les machines à désir infernales du Dr Hoffman- Angela Carter


Les machines à désir infernales du Dr HoffmanAngela Carter était britannique, n’en doutons pas. Pourtant, en lisant Les machines à désir infernales du Dr Hoffman, c’est plutôt au surréalisme belge que j’ai pensé. Avec ses déformations subtiles de la réalité, qui commencent au sein du quotidien pour parfois se prolonger dans de fantasques démonstrations touchant au grotesque. J’ai pensé à Marcel Béalu en lisant Angela Carter, au réalisme magique aussi, mais peut-être mon imagination a-t-elle été victime d’une de ces machines infernales qui déforment la réalité…

La réalité est d’ailleurs l’enjeu de ce roman car le docteur Hoffman la pervertit, donnant à voir ce qui n’est pas… ou pas encore… ou ce qu’on voudrait qui soit, allez savoir… Il livre une véritable guerre  et trouve son principal adversaire en la personne du Ministre qui lutte pied à pied pour le concret, le rationnel, le perceptible. Desiderio le mal nommé, narrateur de ce roman, est son bras droit. Il a malheureusement pour lui l’imagination fertile et ses rêves sont bien plus excitants que sa vie quotidienne aux côtés du Ministre. Qui l’envoie pourchasser le docteur à travers le pays afin tout simplement de le tuer. Mais qui connaît le docteur Hoffman ? Qui sait à quoi il ressemble ?

Voilà notre Desiderio parti pour un voyage des plus rocambolesques où se succèdent aventures, rencontres et expériences en tout point surprenantes. Il va être membre d’une troupe itinérante de freaks, hôte très apprécié du peuple de la rivière, visiteur de la maison de l’Anonymat, prisonnier d’un groupe de pirates, et j’en passe. Il sera surtout victime d’un grand nombre de sévices, manquant plusieurs fois d’être mangé mais bel et bien violé à plusieurs reprises notamment par des acrobates marocains carrément bizarres. Pensez donc : ils se démembrent complètement pour jongler avec les têtes, leurs yeux…etc.

Angela Carter mêle un réjouissant goût du macabre à un érotisme tourmenté qui pourra déplaire s’il ne fait sourire. Les personnages meurent souvent de manière violente et atroce, dans une sorte de grand-guignol assumé et démonstratif.

Ces femmes âgées étaient stéatopyges. Elles avaient la forme de poires blettes et juteuses, leurs mamelles fripées se balançaient d’avant en arrière, débordant sans arrêt de leur plastron en argent, mais c’était néanmoins une vision splendide. Certaines portaient des capes rouges écarlates et une grande culotte blanche faite de bandes de tissus repliées entre les jambes, d’autres des capes marron et une culotte bleu foncé, mais toutes arboraient un casque métallique couronné d’un crin de cheval noir décoratif.

Desiderio court après une insaisissable réalité qui sans cesse lui échappe. Plus il traque le docteur Hoffman, plus il doute et moins il est capable de comprendre ce qu’il a sous les yeux. De rêves en hallucinations, il ne doit la vie qu’à d’improbables hasards que tout romancier rationnel aurait bannis. A tort bien sûr puisque l’aberrant et le burlesque sont deux des ressorts de cette narration excentrique. Bien vite, comme le narrateur, le lecteur change de camp et prend fait et cause pour l’inventivité du docteur aux dépens du rigide Ministre et de sa triste réalité. L’offensive s’avère donc gagnante : Angela Carter réjouira vos soirées par son imaginaire excessif et ses créatures parfois dérangeantes.

.

Les machines à désir infernales du Dr Hoffman (The Infernal Desire Machines of Doctor Hoffman, 1972), Angela Carter traduite de l’anglais par Maxime Berrée, L’Ogre, janvier 2016, 355 pages, 23€

.
.

Pour recevoir un mail à chaque nouvel article publié :

.

Nous sommes à Bruxelles après les ravages causés par une troisième vague de virus Ebola. On n'est pas loin de l'anarchie et pour survivre, Roxanne trafique des médicaments, des faux et des vrais et n'envisage guère l'avenir si ce n'est de façon funeste. Mais voilà qu'un avocat la contacte pour…
Vous qui êtes attentifs aux vagues qui se forment sur la grande mer des littératures de l'Imaginaire, vous aurez certainement remarqué que la dernière à s'échouer sur nos côtes est spatiale. Oui, le space opera est de retour. Mince, c'est pas de bol... Bon. Puisqu'il faut s'y coller, je m'y…

Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

2 commentaires sur “Les machines à désir infernales du Dr Hoffman- Angela Carter