Le club des mauvais jours – Alison Goodman


Le club des mauvais joursEncore une histoire de jeune fille qui doit affronter les forces du Mal. Autant dire que le sujet est devenu récurrent et que l’enjeu pour les auteurs est de faire dans l’originalité s’ils souhaitent sortir du lot (ce qui n’est bien sûr pas l’objectif de tous, certains se contentant de faire comme les autres, comme ce qui marche). Avec Le Club des mauvais jours, Alison Goodman commence plutôt bien (quoique lentement) sa nouvelle trilogie, grâce à une héroïne forte et atypique, comme dans Eon et le douzième dragon.

L’action se situe à Londres, au XIXe siècle, avec des airs de Gail Carriger (confirmés d’ailleurs par la romance avec un mauvais garçon). Mais nous sommes sous la Régence, voilà qui nous dépayse. La jeune Helen doit être présentée à la reine Charlotte : elle fait son entrée dans le monde. A dix-huit ans, c’est une riche vie mondaine qui s’offre à elle avec pour but la quête d’un mari. Autant dire d’emblée que ce roman s’adresse en priorité à un lectorat féminin qui se devra d’apprécier les conversations chiffons. Beaucoup de descriptions en effet sur l’habillement, les convenances sociales et le thé de cinq heures dans les hautes sphères de l’aristocratie britannique.

Un mystère entoure la jeune Helen : ses parents sont morts en mer alors qu’elle n’avait que huit ans. Elle vit depuis avec son frère aîné chez son oncle et sa tante. L’oncle, autoritaire et acariâtre, ne cache pas son animosité envers la mère d’Helen, une folle selon lui, une traitresse. Mais Helen ne sait rien d’elle. Le tonton n’apprécie guère non plus un certain lord Carlston, de retour après trois ans d’absence : on dit qu’il a tué sa femme. Celle-là même qu’un certain lord Selburn convoitait avant qu’elle ne choisisse Carlston. Lord Selburn, toujours célibataire et bien sous tout rapport, semble s’intéresser à Helen. Le tonton ne se tient plus de joie qu’un homme aussi bien placé, ami du Régent et de Mr Brummel, s’intéresse à son encombrante nièce.

Et voilà le triangle amoureux en place, qui n’est pas sans rappeler Autant en emporte le vent, par exemple : la jeune fille à marier est attirée par le ténébreux à la réputation douteuse, tout en ne dédaignant pas les avances flatteuses du beau parti propre sur lui.

C’est que malgré l’interdiction de l’oncle, Helen doit rencontrer Carlston : il est en effet le seul à pouvoir lui dire qui elle est vraiment et lui expliquer quelles sont les étranges capacités qu’elle développe depuis quelques temps. Il lui apprend qu’elle est une Vigilante ayant hérité des facultés maternelles. Il sera son mentor et ensemble ils devront lutter contre les Abuseurs dont ils doivent débarrasser l’humanité. Ces créatures malfaisantes absorbent l’énergie vitale des humains, les laissant souvent pour morts. Les Vigilants ne sont qu’une poignée, les Abuseurs des milliers. Aussi Helen est-elle poussée par Carlston à accepter sa condition. Mais elle comprend qu’en plus de capacités physiques hors normes, elle héritera de la même soif malsaine que Carlston, celle qu’elle lit dans ses yeux ténébreux… Bientôt, elle entre en possession d’une lettre de sa mère (écrite pour elle avant sa mort) qui lui explique que grâce à la miniature qu’elle possède, elle peut choisir d’abandonner ses dons de Vigilante et de vivre une vie normale. C’est-à-dire pour Helen en devenant l’épouse du prévenant lord Selburn.

Que faire : vivre une vie de bonheur douceâtre et tranquille ou s’engager à sauver l’humanité ? Le mariage ou le club des mauvais jours ?

Si le côté romance n’innove pas, le contexte lui vaut lecture. Il faut bien sûr aimer les descriptions détaillées et les trames historiques. Dès lors, c’est un véritable film que déroule Alison Goodman, qui semble avoir vécu l’époque.

Si je comprends bien pourquoi l’éditeur fait allusion à Jane Austen dans sa présentation (la Régence et les jeunes filles à marier), je ne vois pas bien ce que vient faire la « fantasy noire » là-dedans. Les Abuseurs ont l’air de créatures démoniaques tout ce qu’il y a de plus fantastiques. Je suppute une traduction directe de l’anglais « fantasy » pour insinuer qu’il y a de la magie ou du merveilleux dans ce roman…

Alison Goodman sur Mes Imaginaires

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Lady Helen – 1 : Le club des mauvais jours (The Dark Days Club, 2016), Alison Goodman traduite de l’anglais par Philippe Giraudon, Gallimard, août 2016, 567 pages, 19,50€

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2 commentaires sur “Le club des mauvais jours – Alison Goodman

    • Sandrine Brugot Maillard Auteur de l’article

      C’est Gallimard Jeunesse, donc… J’ai du mal à savoir à qui est destiné le young adult : ados d’abord ? Pour ce titre, il faut des lecteurs qui s’intéressent vraiment au contexte, aux descriptions : c’est plus long que Orgueil et Préjugés