Pigeon, Canard et Patinette – Fred Guichen


Pigeon, Canard et PatinetteAvant même d’ouvrir le livre, on est intrigué par la légèreté du titre, qui sonne comme une comptine enfantine, et la beauté morbide de la couverture due à Sarah Valsetti qui relève elle de l’urbex. Le contraste attire l’attention, puis après lecture, fait sens.

Il faut sans doute évoquer le contexte de rédaction de cette nouvelle, même si elle peut se lire et s’apprécier sans en rien savoir. Suite à la réédition d’un texte de Jean-Pierre Andrevon, Les Retombées (1979), Le Passager clandestin décide d’un concours : les candidats devaient écrire un texte inspiré de celui d’Andrevon et traiter donc certains thèmes : « l’autonomisation de la technique, la terreur nucléaire, le poids du complexe militaro-industriel, le mensonge d’Etat et le contrôle politique, le sort de groupes humains face à ces enjeux ». Pigeon, Canard et Patinette est la nouvelle lauréate de ce concours.

Le texte est court, soixante pages, il serait donc malvenu d’en dire trop. Fred Guichen dévoile peu à peu la réalité d’une communauté très étrange qui a survécu à l’explosion d’un réacteur atomique (qui a eu lieu en 1970 dans le texte d’Andrevon) et vit dans l’ombre d’un second, toujours en activité. Les habitants, de moins en moins nombreux, retranchés derrière de hauts murs, souffrent de tares génétiques, de handicaps sévères et de maladies incurables. Mais allez savoir s’ils n’en jouissent pas au contraire… A l’extérieur, on prend ces freaks pour des abrutis juste bons à entretenir la centrale. Le gouvernement subvient encore de plus en plus aléatoirement à leurs besoins. Mais en fait de freaks, c’est bien plus à des mutants qu’on a affaire…

Mais voilà que le gouvernement décide de fermer la centrale et de regrouper la trentaine d’habitants dans un seul et même endroit, près de la côte. Devront-ils être évacués ? Seront-ils définitivement abandonnés à leur sort ? Se passe-t-il à l’extérieur quelque chose qui aurait modifié la politique gouvernementale à leur égard ?

Pigeon, Canard et Patinette a tout d’un texte crépusculaire, et pourtant… Parmi les thèmes qu’il aborde, celui d’une nouvelle humanité est sans doute le plus touchant. Alors qu’il est aujourd’hui beaucoup question en science-fiction de transhumanisme, d’homme assisté par les machines et les nouvelles technologies, Fred Guichen choisit la voie de Sturgeon et imagine le posthumanisme en question. Avec un optimisme devenu denrée rare quand on parle d’avenir de l’humanité.

On ne peut pour une fois que saluer la pertinence, la poésie et le mystère de la belle quatrième de couverture qui nous dit ceci :

En 2016, Fred Guichen imagine que des impasses de la toute-puissance naîtra le pouvoir de la fragilité.

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Pigeon, Canard et Patinette, Fred Guichen, Le Passager clandestin (Les Dyschroniques), janvier 2016, 68 pages, 7€

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