La malédiction des anges – Danielle Trussoni


La malédiction des angesJe n’ai jamais rien lu de bien convaincant sur les anges, sujet mou s’il en est, qu’il est bien difficile de rendre passionnant. Ce roman-ci allait-il relever le niveau ? Mille fois non. La Malédiction des anges n’a rien pour lui : des personnages stéréotypés, une intrigue démesurément allongée et sans grand intérêt, et surtout, surtout, un parfum créationniste si ténu qu’il pourrait presque se respirer sans qu’on s’en rende compte…

Tout commence dans un couvent de la banlieue de New York avec une certaine Evangéline, vingt-trois ans, sœur franciscaine de l’Adoration perpétuelle (ça commence mou…). Après une enfance parisienne auprès d’un bien mystérieux papa, elle a été déposée là pour y être élevée et devenir religieuse. Sa vie lui convient mais est bouleversée le jour où elle ouvre la lettre d’un certain Verlaine, jeune chercheur qui demande à consulter les archives. C’est que c’est interdit ça, même au nom de l’Histoire et de la Science. De plus, Evangéline sent bien que la correspondance sur laquelle elle vient de mettre la main pourrait être en lien avec la demande de Verlaine qui travaille sur la vie d’Abigail Rockefeller.

C’est que le passé du couvent et de certaines des sœurs qui y vivent n’a pas été de tout repos. Les bâtiments de Sainte-Rose ont d’ailleurs été détruits dans un incendie en 1944, peu après l’arrivée de la sœur Célestine Clochette en ses murs. On apprend dans une seconde partie qu’elle venait de participer à une expédition en Bulgarie, sur les traces de la première expédition angéologique menée au Xe siècle. Laquelle avait abouti à la découverte du lieu d’emprisonnement des Veilleurs, ces anges renégats pères des Néphilim.

Les choses se corsent alors, prenant diverses directions, très en lien avec le Livre d’Enoch qui retrace la chute des anges, ces sales bêtes orgueilleuses qui cherchent à exterminer l’humanité. Oui. Car la seule bonne idée du roman c’est que les anges ne sont pas de blonds bébés obèses à la peau laiteuse. Le Nephilim est une race supérieure, issue de l’accouplement des Veilleurs et des femmes humaines. Mais voilà que depuis quelques temps, certains d’entre eux sont victimes d’un cancer qui les ronge et les amoindrit. C’est le cas de Percival Grigori qui a loué les services de Verlaine pour retrouver traces des découvertes d’Abigail Rockefeller. Ce Grigori est un vrai sale type, dominateur et arrogant, même si comme tous ses semblables il est contraint de cacher sa vraie nature.

De nos jours, ils utilisent des noms différents. Ils se cachent derrière le masque de vénérables familles, de régimes oppressifs ou de multinationales avides. Il est difficile d’imaginer qu’ils vivent parmi nous, mais je vous l’assure : une fois que vous commencez à déceler leur présence, vous vous apercevez qu’ils sont partout.

Ce credo complotiste a des relents assez désagréables, je trouve.

Ces méchants Néphilim s’opposent donc aux humains qui pendant longtemps étaient protégés par l’Église. Protégés au sens de maintenus dans l’ignorance pour leur bien. Oui mais voilà que la foi n’a plus la côte, et ce, par la faute des Néphilim bien sûr.

Vers la fin du Moyen Age, l’équilibre des forces s’est rompu. Les Nephilim ont mis la main sur des textes païens – œuvres de philosophes grecs, écrits mythologiques sumériens, ouvrages médicaux et scientifiques persans – et les ont fait circuler dans les grands centres intellectuels européens. Il en a, bien entendu, résulté un désastre pour l’Église. Mais ce n’était qu’un début. Les Néphilim ont fait en sorte de populariser le matérialisme parmi les élites. […] Même si nous respectons les principes des Lumières, ceux-ci ont constitué une victoire majeure pour les Nephilim. La Révolution française –avec la séparation de l’Église et de l’État et le triomphe de la raison sur le spirituel – en fut une autre.

Hum..
Hum, hum…

Que faut-il comprendre ? Vive l’obscurantisme qui permet aux humains de vivre dans une ignorance béate ? Il est certain que l’idiot est toujours plus heureux que celui qui cherche à savoir. Mais enfin, ces Nephilim qui apportent la science aux humains me plaisent assez. Rendez-vous compte : c’est à cause d’eux que se sont diffusées les théories de Darwin. Les angéologues, héros incontestés de La malédiction des anges n’ont aucun problème avec l’interprétation littérale de la Bible….

Une scène parmi d’autres : les angéologues philosophent et se penchent sur l’histoire de l’humanité. Pour conclure qu’elle n’a connu que quelques secondes de pur paradis. Vous savez, c’était quand deux péquenots enfermés dans un jardin ne se posaient de questions sur rien. Mais est venu un jour où elle, bien plus maline que lui, s’est dit qu’il serait certainement intéressant de goûter les fruits défendus. Et quels étaient-ils au fait ? Ah oui, les fruits de l’arbre de la connaissance : le Savoir, c’est le Mal. Et donc, depuis que l’homme a décidé de réfléchir, de se rendre compte par lui-même plutôt que de gober comme un niais des discours et des interdictions, c’est l’enfer. L’enfer de l’Église bien entendu.

Je ne sais pas vous mais moi, j’ai du mal avec ces bouquins qui font passer de telles aberrations comme une lettre à la Poste, l’air de rien.

Ajouté à ça des personnages sans intérêt, dotés de noms tous plus ridicules les uns que les autres, soulignant leurs fonctions : Célestine, Angela, Gabriela, Evangéline… Cette dernière devrait faire figure d’héroïne si elle n’était si fade et prévisible dès le premier chapitre. Allez, je vous le dis ou pas que bien que religieuse, elle va tomber amoureuse de Verlaine ??
Et des scènes ridicules en veux-tu en voilà, avec envol au-dessus de New York  et des « Je suis ton grand-père » qu’on a vu venir depuis trois cents pages.

Et aussi des erreurs de traduction : le traducteur confond par exemple l’Immaculée Conception de Marie et la naissance virginale de Jésus, donnant lieu à une phrase sans queue ni tête que je vous épargne. Bon sang de bonsoir, je militerais bien parfois pour le retour du catéchisme obligatoire pour lutter contre l’ignorance, ce qui peut sembler en contradiction avec ce qui précède mais n’est que le constat d’une ignorance de plus : non à la propagande catholique mais oui à la culture religieuse qui nous permet de comprendre deux siècles d’Histoire !

Je voudrais qu’on m’explique pourquoi ce roman fait partie des 100 Notable Books of 2010 du New York Times.

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La malédiction des anges (Angelology, 2010), Danielle Trussoni traduite de l’anglais (américain) par Vincent Hugon, Fleuve Noir, mai 2010, 543 pages, 20,90€

 

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7 commentaires sur “La malédiction des anges – Danielle Trussoni

  • keisha

    J’avais vu passer ton post sur la traduction et maintenant je découvre un billet marrant mais plus qu’agacé (je vais passer tu penses bien).
    Un peu de culture religieuse, et dans plusieurs religions, ça ne ferait de mal à personne (ne serait-ce que pour apprécier les oeuvres d’art ou y comprendre qq chose quand on est touriste au loin)

    • Sandrine Brugot Maillard Auteur de l’article

      Ce livre m’a terriblement agacée, en effet. Tout ça est très sournois.
      Et j’ai bien conscience à quel point ça n’est pas branché de militer pour un peu de culture religieuse, mais c’est surtout « culture » que j’entends, c’est-à-dire un moyen de comprendre les autres, le passé, le monde… et les messages distillés l’air de rien par des auteurs comme Danielle Trussoni…

  • lutin

    J’adore cette critique pleine d’humour. Je note que le bouquin aurait pu être intéressant, mais qu’il est finalement agaçant. Je ne vais donc pas le positionner sur ma PAL.

    Merci pour ce bon moment de lecture!

    • Sandrine Brugot Maillard Auteur de l’article

      Il vaut mieux le prendre avec humour parce que sinon, c’est quand même grave. De tous les articles de blog et autres que j’ai pu lire, aucun ne fait allusion à cette propagande créationniste : ça passe tout seul, comme une évidence et c’est ça qui m’effraie…

      • lutin

        Dans les cas de prosélytisme insidieux, tout se fait en douceur, presque de manière invisible aux yeux des lecteurs… C’est fort et effrayant. J’espère qu’ils n’adhèrent pas pour autant à cette crétination.
        Et il faut effectivement le mentionner dans les critiques, avec l’humour c’est encore mieux. Je ne lirai pas le livre, mais j’ai beaucoup aimé ta critique.