Entretien avec le Diable – Olivier Barde-Cabuçon


Entretien avec le diableLe chevalier de Volnay, commissaire aux morts étranges de la ville de Paris, quitte Venise pour rentrer en France. Il est accompagné de son père, le moine hérétique. Ils font halte dans un village d’une vallée française où ils trouvent gîte et couvert dans une abbaye très retirée. La nuit s’avère agitée : bruits de couloir et murmures laissent à penser que l’abbaye est hantée depuis la mort de l’abbé deux jours auparavant. Suite à un exorcisme pratiqué sur une jeune villageoise, Lucrèce…

Le moine et son fils (provisoirement aveuglé par la neige et contraint de porter un bandeau) se rendent bien sûr au chevet de la jeune fille, en effet gravement possédée : elle ne cesse de déverser des obscénités et de provoquer les hommes qui la visitent. Mais le moine ne croit ni à Dieu ni à Diable et cherche donc à comprendre ce qui est arrivé à Lucrèce dans la forêt. Cette vaste et inquiétante forêt où l’on trouve un loup, des bûcherons, un Petit Chaperon rouge et une Dame blanche… et de nombreux villageois bas du front. De moins en moins ceci dit puisque les morts brutales se succèdent au village.

Olivier Barde-Cabuçon utilise les ingrédients classiques des contes de fées pour construire une intrigue flirtant entre fantastique et réalisme glauque. Une authentique histoire de village qui a pu donner lieu, au coin du feu, à une racontée devenue conte tant superstition et ignorance vont bon train dans ces contrées.

Mais le plus intéressant, le point autour duquel tout tourne dans Entretien avec le Diable, c’est le sexe et en particulier la domination sexuelle masculine.

Depuis l’aube de l’humanité, l’homme s’est fait prédateur et la femme a joué le rôle de la proie.

Que peut une jolie jeune fille dans ce trou du cul du monde entourée de mâles concupiscents ? Très proches de leurs instincts animaux, ils reluquent, tripotent, frappent puis possèdent la chair fraîche. Ils ont la force physique et le pouvoir social, font parfois figures d’autorité ; elles ne sont que marchandises.

Heureusement, Olivier Barde-Cabuçon ne tombe pas dans la simplification à outrance : on n’a pas affaire à une paire de citadins éclairés venant apporter les lumières de la raison dans la campagne profonde. Les deux Volnay ont une attitude très ambigüe à l’égard des femmes. Même si à l’évidence ils les respectent, ils sont loin d’être à l’abri des tentations de la chair.

Je ne peux cependant en dire beaucoup sur les personnages. En effet, Entretien avec le Diable est le cinquième volet de la série des enquêtes du commissaire aux morts étranges et la première que je lis. Or, si l’intrigue se tient en un volume et se comprend, les relations entre les personnages sont plus difficiles à cerner. Arrive en effet dans le village, une jeune fille, Violetta, qui suit les Volnay depuis Venise. Elle est chargée par une puissante famille de les y ramener, permettant ainsi au chevalier d’épouser la jeune fille qu’il aime. Mais le lecteur de ce seul cinquième opus n’en sait pas plus alors qu’à l’évidence, Violetta joue un rôle très important dans leur vie.

Une petite déception donc liée au contexte plus vaste de la série. On regrette par ailleurs que certains personnages ne soient qu’esquissés, notamment dans l’abbaye (le beau et jeune novice, le moine relieur…).

Olivier Barde-Cabuçon semble s’inspirer de références littéraires et cinématographiques qu’il utilise avec habileté et modération pour un résultat efficace : une plaisante impression de déjà-vu, sans lourdeur. Les amateurs de romans policiers historiques devraient trouver leur compte dans cette intrigue et apprécier cet original commissaire aux morts étranges même si c’est clairement son père, ce curieux moine hérétique, qui fait ici tout le boulot.

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Entretien avec le Diable, Olivier Barde-Cabuçon, Actes Sud (Actes Noirs), mars 2016, 359 pages, 22,50€

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