Adultes

Alice au pays des morts vivants – Mainak Dhar

Alice au pays des morts vivantsQui aurait pu croire que les classiques de la littérature anglaise feraient si bon ménage avec les zombies ? Après Orgueil et préjugés et zombies de Seth Grahame-Smith, voilà donc Alice au pays des morts vivants, une variante apocalyptique du célèbre roman de Lewis Carroll. Et un gros succès d’auto-édition pour son auteur indien Mainak Dhar, qui a l’instar de Hugh Howey, a vu son roman plébiscité : plus de 50 000 exemplaires vendus en trois mois. Six volumes sont aujourd’hui parus en Inde et on parle d’une adaptation télé.

Alors, les lecteurs indiens ne seraient-ils pas gavés de zombies eux aussi ? Ou ce roman aurait-il de vrais atouts ?

C’est l’histoire d’une jeune fille prénommée Alice qui tombe dans un trou en poursuivant un lapin. Sous terre, elle rencontre une reine un peu cinglée entourée de fidèles dont un affublé d’un haut-de-forme mou.

Le contexte mérite d’être précisé : l’humanité a été décimée ou zombifiée. Au Pays des Morts, Alice court après un Mordeur portant un masque de lapin : la mort l’a-t-elle pris alors qu’il se rendait à un bal masqué ? La Reine est elle aussi une Mordeur mais dans un état moins avancé que nombre d’entre eux puisqu’elle a pu s’injecter un vaccin dès qu’elle a été mordue. Car oui, contrairement à ce qu’on fait croire aux humains, il existe un vaccin contre la prétendue épidémie qui un jour a terrassé l’humanité.

Mais cette information, comme bien d’autres, reste cachée. Un énigmatique Comité central dirige ce qui reste du monde en ruine depuis Shanghai grâce notamment aux soldats de Zeus chargés de protéger les humains des Mordeurs. C’est du moins ce que croient les jeunes gens enrôlés dans ces troupes d’élite. En fait, ils envoient les derniers humains travailler dans des camps retranchés et on ne les revoit jamais. Grâce à la Reine (une ancienne chercheuse), Alice comprend que les survivants sont manipulés par quelques riches potentats retranchés et vaccinés. La jeune fille décide de lutter.

Et le combat est assez violent, sans pitié (beaucoup de personnages meurent) et sans bons sentiments. Sans même une amourette à l’horizon ! C’est dire si Alice au pays des morts vivants se veut original. Il comporte certes son lot de massacres mais ce premier volume porte clairement un propos politique en dénonçant la manipulation des multinationales. Ce qui n’est quand même pas si fréquent dans un roman de zombies.

Je suis moins convaincue sur l’utilisation du personnage d’Alice, avec Reine, lapin et chapelier : le détournement me semble artificiel, surtout envisagé comme un argument de vente.

Et cette habitude de ne plus indiquer nulle part sur un livre qu’on a affaire au premier tome d’une série : c’est agaçant…

.

Alice au pays des morts vivants (Alice in Deadland, 2012), Mainak Dhar traduit de l’anglais (indien) par Sonia Bernard, Fleuve Éditions (Outrefleuve), mai 2016, 254 pages, 18,90€

A lire aussi :

Cellulaire – Stephen King Voilà ce qu'on appelle un roman de terreur moderne, un roman qui exploite un sujet qui concerne quasi tout le monde et qui tourne au cauchemar. Celu...
Le camp – Christophe Nicolas Ce roman-là m’a prise le premier jour du printemps et m’a scotchée tout le dimanche dans mon fauteuil. A peine si j’ai mangé. Il fallait que je sache....
Zombie nostalgie – Øystein Stene Vous êtes-vous jamais demandé d'où venaient les zombies ? Ceux qui envahissent nos écrans en particulier ? Parce que bon, ceux de la vraie vie, on les...
Nuit d’été – Dan Simmons Elm Haven est un bled de l'Illinois. En ouvrant Nuit d'été, on y arrive en juin 1960 après des années fastes économiquement et culturellement pour le ...

Mes Imaginaires est un blog de lecture animé depuis le 6 janvier 2004 par Sandrine Brugot Maillard : chroniqueuse littéraire, membre du jury du Grand Prix de l'Imaginaire de 2008 à 2018, formatrice et animatrice de débats.

One Comment

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *