Jeunesse

Là-bas – Leonardo Patrignani

Là-basLa vie de Veronica s’est arrêtée le Jour Dénué de Sens. Elle entre dans une banque avec Delia, sa mère, où elles sont victimes d’un braqueur. Delia est tuée. Et la vie de Veronica est brisée. Agée de dix-huit ans, elle doit abandonner son insouciance d’adolescente et subvenir à ses besoins. Elle est seule, très seule et gagne, dans une agence de paris sportifs, à peine de quoi manger et payer son loyer. Mais le plus dur, c’est de vivre sans Delia, à la fois mère et meilleure amie.

On suit Veronica dans sa dèche et dans son quotidien. Sa vie à Milan se résume à survivre tant elle est dénuée de tout lien social. Veronica s’est enfermée dans une capsule de douleur onze mois plus tôt en perdant sa mère. Elle en vient à s’interroger sur son mental : devient-elle folle à force de souffrance et de solitude ? Sujette au somnambulisme ? Pourtant en rêve, elle voit l’incendie d’une station service, et un jeune homme qui lui parle, l’appelant Claudia.

Rêve prémonitoire ? Veronica va découvrir grâce au professeur Raymond Laera qu’elle est capable de bien plus. Il est en effet question dans Là-bas de voyage astral, de vision de sortie de corps, d’expérience de mort imminente (EMI), de bilocation. Concepts qui sonnent comme autant d’attrape-nigauds pour proches endeuillés. Aussi Leonardo Patrignani a-t-il beaucoup à faire pour initier le lecteur à l’existence de telles expériences. Ou pour convaincre le sceptique qu’il n’a pas affaire à des inepties new age.

C’est certainement pourquoi il ancre son héroïne dans un quotidien très réaliste. Il décrit son enfermement psychologique avec beaucoup de minutie, la perte de sa mère est une souffrance continuelle sur laquelle il revient sans cesse. Le lecteur pourra se lasser ou apprécier la profondeur du personnage.

Les choses s’accélèrent (pour finir en page turner) quand Veronica rencontre Samuele, neurochirurgien élève et héritier des recherches du professeur Laera. Il lui explique qu’il existe des écarts temporels entre notre monde et une sorte de plan supérieur de la conscience. Ainsi, des agonisants ou des gens dans le coma peuvent alerter leurs proches de malheurs à venir.

Là-bas est au final un suspens paranormal qui laissera sceptique les rationnels de tout poil. J’ai pour ma part particulièrement apprécié son héroïne, loin d’être superficielle comme trop souvent dans les romans destinés aux adolescents.

.

Là-bas (There, 2015), Leonardo Patrignani traduit de l’italien par Nathalie Nédélec-Courtès, Gallimard (Scripto), mai 2016, 441 pages, 15,90€

 

A lire aussi :

Le combat d’hiver – Jean-Claude Mourle... En un temps indéterminé, des jeunes gens vivent dans un internat morose à la discipline de fer. Pas de rires ni de chansons, l'obéissance et la soumis...
Jumper – Steven Gould C’est alors qu’encore une fois il se fait battre par son père que David Rice, dix-sept ans, se rend compte qu’il n’est pas comme les autres : il peut ...
L’anti-magicien / 1 – Sébastien de Cas... Un apprenti magicien qui cherche ses pouvoirs : voilà qui pourrait nous rappeler bien trop de romans jeunesse et plus. Si on se demande pourquoi (ou p...
Tobie Lolness / 1 – Timothée de Fombelle Voici la grande histoire d'un petit bonhomme, un petit millimètre de bon sens dans un monde de verdure et de périls. Difficile de résumer cette histoi...

Mes Imaginaires est un blog de lecture animé depuis le 6 janvier 2004 par Sandrine Brugot Maillard : chroniqueuse littéraire, membre du jury du Grand Prix de l'Imaginaire de 2008 à 2018, formatrice et animatrice de débats.

2 Comments

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *