L’âme de ténèbres – Emmanuelle Maia


âme de ténèbresAube Claire est un centre qui accueille des personnes gravement handicapées. Il ne s’agit pas d’un mouroir sordide mais d’un endroit où on se soucie du bien-être des patients, où on cherche à embellir leur quotidien. Ne le cherchez pas sur la carte de France : c’est à Genève qu’il se situe. Trop paisible sans doute, Aube Claire est bientôt le théâtre de crimes très cruels : un, puis deux puis trois patients sont énucléés et assassinés. Chose étrange, ils sont morts noyés alors qu’ils ne peuvent pas bouger de leur lit…

Cent ans plus tôt à la place d’Aube Claire se dressait un établissement thermal pour la chic société genevoise et au-delà. C’est là que Claire de Segny tente de soigner sa neurasthénie, principalement liée à l’impossibilité de mener à terme ses grossesses. Elle s’ennuie madame de Segny au milieu de tous ces aristocrates. Jusqu’à l’apparition inespérée d’un sémillant inconnu qui enclenche la machine à fantasmes et lui rappelle qu’elle n’est ni si vieille ni si quelconque. Mais elle n’est pas la seule à convoiter cette appétissante proie : la baronne Grace de Lignières, tout charme dehors, entend bien se l’accaparer pour elle seule.

Les deux fils narratifs vont se mêler, et les crimes actuels trouver leur interprétation dans le passé du lieu. Le schéma est classique, celui d’une enquête dans un milieu mal connu ; les enquêteurs typiques du genre polar avec un vieux râleur qui veut raccrocher et un jeune grande gueule (qui appelle le vieux « mémère », ça m’a bien fait rire). C’est donc avec des ingrédients éprouvés qu’Emmanuelle Maia réussit ce roman policier fantastique. Sans doute parce que ses personnages ont une belle épaisseur, une densité humaine qui leur évite la caricature. Le flic superstitieux fonctionne, son collègue amoureux aussi car l’auteur n’en fait pas trop. On croit aussi à cette pauvre Claire de Segny abandonnée comme une chaussette qui découvre la sensualité dans les bras d’un poète quant à lui très convenu.

Les plus réussis sont sans doute les pensionnaires d’Aube Claire, au premier rang desquels Angelo, dit Nello, polyhandicapé. Emmanuelle Maia prend le temps de nous le présenter, de dire l’affliction, l’amour et la fatigue des parents, des gens simples et aimants. Elle se penche sur son enfance, qui n’a pas de rapport avec l’histoire principale mais dessine un personnage sensible et non un rôle dans une intrigue.

Emmanuelle Maia possède une bien belle écriture : classique, sobre (elle ne donne pas dans la surenchère gore et fantastique) et efficace. Bien trop discrète, je l’ai découverte dans une anthologie d’auteurs suisses, Futurs insolites, qui m’a donné envie d’en savoir plus sur quasi tous les auteurs présents au sommaire. L’âme de ténèbres, en plus du roman éponyme rassemble quelques nouvelles et un poème parus ici et là : un bon moyen de mieux apprécier une auteur dont la plume s’adapte à tous les formats.

.

L’âme de ténèbres, Emmanuelle Maia, Black Coat Press (Rivière blanche), mai 2011, 342 pages, 20€

 

.
.

Pour recevoir un mail à chaque nouvel article publié :

.

Je découvre la collection "Petite bulle d'Univers" alors que la collection compte désormais dix titres. Quelle superbe découverte cependant ! Il s'agit d'une nouvelle graphique où à l'inverse d'autres textes illustrés, ce sont les illustrations qui ont précédé le texte. La graphiste et plasticienne à l'origine de Boxing Dolls se…
La jeune Jeanne est hospitalisée suite à un malaise. Rêve-t-elle ? Est-elle inanimée ou dans le coma ? Toujours est-il qu'elle voit surgir dans sa chambre un ogre, par une mystérieuse porte en bois soudainement apparue. Et pas de ces gentils ogres un peu gloutons dont on vient à bout…

Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *