Le club des punks contre l’apocalypse zombie – Karim Berrouka


Le club des punks contre l'apocalypse zombieRassurez-vous, le bouquin est aussi barré qu’il en a l’air. Quelques éclairs de lucidité ici et là mais dans l’ensemble, le trip est bien chargé et pourtant drôle, même pour moi qui (attention révélation) ne suis pas une keupon destroy.

Vous prenez sept potes et vous les mettez dans un squat parisien avec grand jardin et murs d’enceinte. Vous déclenchez l’apocalypse zombie et voilà nos protagonistes bien à l’abri dans leur bunker. Sauf que non, ça ne va pas se jouer comme ça. Deuspi, Fonsdé, Kropotkine, Mange-Poubelle et Eva ont bien l’intention de profiter de cette chute de la société consumériste pour aller planter en haut de la tour Eiffel le drapeau de l’anarchie. Ben oui parce que c’est bien beau d’avoir des idées, il faut aussi les mettre en pratique le moment venu. Ils piquent donc un véhicule anti-émeute et les voilà partis à travers la capitale. Une fois l’exploit dument accompli et filmé, ça serait aussi super de le diffuser sur toutes les télés de France tant qu’il y a encore du courant, non ? Direction France Télévision. Où ça va se corser, notamment en raison du zombie d’un Bogdanoff, presque aussi affreux que le vivant. Les cinq vont être séparés. Deux autres manquaient déjà à l’appel, les bien nommés Glandouille & Pustule, punks à chiens en vacances sur la côte.

Voilà tout le monde séparé, chacun croyant les autres morts. Mais on ne se débarrasse pas comme ça d’un keupon destroy, d’un anarchiste et d’une femme, disons, de conviction, sorte de miss anti tout. Manque de bol Kropotkine se retrouve prisonnier au siège du MEDEF puis au château de Vincennes, esclavagisé par les anciens patrons survivants et adeptes d’un Nouvel Ordre. D’autres survivants s’organisent ici et là, parfois sous forme de groupes paramilitaires :

Dans les Appalaches ou dans les plaines du Dakota, il n’aurait pas échappé à la case rednecks survivalistes. La version locale du con armé jusqu’aux ratiches, avec la loi du plus fort et zéro projet de construction sociale, est plus terroir et plus respectueuse de la vieille pierre.

Eva et ses potes en ont des projets, car avec la mort du patronat s’annonce un mode de vie libertaire et autogéré. Oui, sachez-le, l’anarchiste punk est avant tout un doux rêveur…

Le gros atout de ce Club des punks contre l’apocalypse zombie, c’est l’humour. Du gros qui tache parfois (souvent), mais pas que. Tenez par exemple, la description des zombies qui gèlent alors que surgissent les premiers grands froids dans la capitale :

Des statues baroques et effrayantes, œuvres d’un artiste décadent ayant un penchant pour les écorchés de Fragonard et une passion pour le théâtre Grand-Guignol. Et on avait pensé qu’ils étaient finis, kaput, morts pour de bon. Le panard. Le super cadeau de Noël. Paris débarrassé des zombies ! Paris à reconquérir ! Paris étripé, Paris décharné, mais Paris libéré.

Il faut avouer que certaines allusions ou comparaisons resteront obscures aux non initiés :

Ensuite, l’escorte de Mange-Poubelle pourra rejoindre la fosse aux lions et mosh piter comme des quarks dans un accélérateur de particules.

J’ai bien aimé ces keupons destroy qui jusqu’au bout  fuck off le système. Pas moyen d’en faire des libérateurs, des dieux ou de nouveaux gourous, même si on craint franchement que l’un d’entre eux tourne babacool (la honte suprême pour un keupon !). Karim Berrouka ose plein de trucs délirants, comme de leur faire écouter Simon & Garfunkel ou hypnotiser les zombies sur des airs de flûte et de guitare. Il est à l’évidence à l’aise dans le genre délire post apocalyptique et les références punk. Moi pas, mais ça ne m’a pas empêchée d’apprécier un style hyper dynamique et un humour pas toujours aussi bourrin qu’il en a l’air. Car sachez que…

Le zombie révèle ce qu’il y a de meilleur dans le keupon destroy

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Le club des punks contre l’apocalypse zombie, Karim Berrouka, ActuSF (Les Trois souhaits), mai 2016, 412 pages, 18€

 

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